En 2003, près de 5 millions de personnes ont été
nouvellement infectées par le VIH, le chiffre annuel
le plus élevé depuis le début de
l'épidémie. A l'échelle mondiale,
le nombre de personnes vivant avec le VIH continue d'augmenter
- de 35 millions en 2001 à 38 millions en 2003.
Cette même année, près de trois millions
de personnes sont mortes du SIDA ; plus de 20 millions
sont décédées depuis que les premiers
cas ont été identifiés en 1981.
La portée et l'impact de l'épidémie
ne sont pas les mêmes dans toutes les régions
; certains pays sont plus touchés que d'autres
et dans un même pays il y a généralement
d'importants écarts du niveau d'infection entre
provinces, états ou districts, par exemple.
Nouvelles estimations révisées
Le nombre de personnes vivant avec le VIH continue
d'augmenter - de 35 millions en 2001 à 38 millions
en 2003. Le rapport de l'ONUSIDA présente les tendances
mondiales les plus récentes et, pour la première
fois, comporte des taux de prévalence du VIH révisés
pour les années passées, ce qui permet de
mieux comprendre comment l'épidémie se propage.
Comparer ces dernières estimations avec celles
qui ont été publiées ces dernières
années est trompeur.
Pour la première fois, le rapport compare les nouvelles
estimations pour 2003 avec les estimations révisées
pour 2001 en s'appuyant sur de meilleures méthodologies.
C'est le meilleur moyen que nous connaissions pour obtenir
une image plus précise de l'épidémie
de SIDA. Bien que les nouvelles estimations mondiales
soient légèrement plus basses que les estimations
publiées auparavant, le nombre réel de personnes
vivant avec le VIH n'est pas en recul, et l'épidémie
en fait continue de progresser si on se base sur les estimations
de 2001 révisées.
Les estimations du VIH - qu'elles soient fondées
sur des enquêtes de ménages ou des enquêtes
auprès de femmes enceintes - doivent être
évaluées de manière critique au fur
et à mesure de l'évolution de l'épidémie.
Pour être absolument certain du nombre de personnes
vivant avec le VIH dans le monde, par exemple, il faudrait
tester de manière répétée
tous les individus de la planète, ce qui est impossible
sur le plan logistique
Afrique
On estime que 25 millions de personnes vivent avec le
VIH en Afrique subsaharienne. Les taux de prévalence
du VIH semblent se stabiliser, mais cette impression est
principalement due à une hausse des décès
imputables au SIDA et à une augmentation continue
des nouvelles infections. La prévalence continue
d'augmenter dans certains pays comme Madagascar et le
Swaziland et recule à l'échelle nationale
en Ouganda.
L'Afrique subsaharienne n'abrite guère plus de
10% de la population mondiale mais près des deux
tiers du total des personnes infectées par le VIH.
En 2003, on estime à trois millions le nombre de
nouvelles infections dans la région et à
2,2 millions celui des décès dus au SIDA
(soit 75% des trois millions de décès dus
au SIDA cette année-là dans le monde).
Il n'existe pas d'épidémie 'africaine' ;
la diversité des niveaux et tendances de l'infection
à VIH est considérable sur ce continent.
Dans six pays, la prévalence du VIH chez l'adulte
est inférieure à 2%, alors que dans six
autres, elle dépasse 20%. Les sept pays d'Afrique
australe connaissent tous des taux de prévalence
supérieurs à 17%, le Botswana et le Swaziland
atteignant une prévalence dépassant 35%.
En Afrique de l'Ouest, la prévalence du VIH est
beaucoup plus faible : aucun pays ne connaît une
prévalence supérieure à 10% et la
plupart d'entre eux se situent entre un et cinq pour cent.
La prévalence dans les pays d'Afrique centrale
et orientale se situe entre ces deux groupes, de 4% à
13%.
Les femmes africaines sont plus exposées au risque
et l'infection survient chez elles à un âge
plus jeune que chez les hommes. Aujourd'hui on compte
en moyenne 13 femmes infectées pour 10 hommes infectés
- par rapport à 12 femmes pour 10 hommes en 2002.
La différence est encore plus marquée chez
les jeunes de 15 à 24 ans. Une étude a comparé
le ratio des jeunes femmes vivant avec le VIH aux jeunes
hommes vivant avec le VIH. Il s'établit entre 20
femmes pour 10 hommes en Afrique du Sud et 45 femmes pour
10 hommes au Kenya et au Mali.
En Afrique du Nord et au Moyen-Orient, 480 000 personnes
environ vivent avec le VIH, mais la surveillance systématique
de l'épidémie n'est pas satisfaisante, en
particulier dans les groupes à haut risque tels
que les consommateurs de drogues injectables. Pourtant,
dans une bonne partie de la région, l'infection
à VIH semble concentrée dans cette population.
On craint aussi que le virus ne se propage sans être
détecté chez les hommes qui ont des rapports
sexuels avec des hommes, car les rapports sexuels entre
hommes sont illégaux et largement condamnés
dans de nombreux endroits.
Asie
L'épidémie en Asie s'étend rapidement.
La brusque augmentation des infections à VIH en
Chine, en Indonésie et au Viet Nam en est une preuve
patente. On estime que 7,4 millions de personnes vivent
avec le VIH dans la région et que 1,1 million de
personnes ont été nouvellement infectées
uniquement l'an dernier, soit davantage que n'importe
laquelle des années précédentes.
L'Asie abritant 60% de la population du globe, l'épidémie
en hausse rapide qui s'y déroule a des implications
énormes pour le monde entier.
L'épidémie en Asie reste dans une large
mesure concentrée chez les consommateurs de drogues
injectables, les hommes ayant des rapports sexuels avec
des hommes, les professionnel(le)s du sexe, leur clientèle
et leurs partenaires sexuel(le)s immédiat(e)s.
Dans ces populations, la couverture des programmes de
prévention efficaces est inadéquate, en
raison notamment de la stigmatisation et de la discrimination.
Les pays asiatiques qui ont, à l'instar de la Thaïlande
et du Cambodge, choisi de s'attaquer franchement aux comportements
à risque, comme le commerce du sexe par exemple,
ont été beaucoup plus efficaces dans leur
combat contre le VIH, comme le montre le recul des taux
d'infection parmi les professionnel(le)s du sexe.
Pourtant, il n'y a pas lieu de pavoiser. On note peut-être
une baisse du nombre de jeunes hommes thaïs qui fréquentent
les maisons de passe, mais aussi une augmentation des
relations occasionnelles. La surveillance comportementale
montre entre 1996 et 2002 une nette augmentation du nombre
d'élèves du secondaire sexuellement actifs,
ainsi qu'un recours au préservatif qui se maintient
à un niveau bas.
Si les autres pays d'Asie ne parviennent pas à
cibler les populations plus exposées au risque,
l'épidémie touchera un nombre beaucoup grand
de personnes dans la population générale.
C'est l'Inde qui compte le plus grand nombre de personnes
vivant avec le VIH à l'exception de l'Afrique du
Sud - 5,1 millions. Mais les connaissances sur le virus
et sa transmission sont encore limitées et insuffisantes
et il est à craindre que de nombreux hommes ayant
des rapports sexuels avec des hommes infectent des femmes
avec qui ils ont également des relations sexuelles.
Europe orientale et Asie centrale
L'Europe orientale et l'Asie centrale continuent à
connaître des épidémies en expansion,
alimentées par la consommation de drogues injectables.
Environ 1,3 million de personnes y vivent avec le VIH,
par rapport à 160 000 environ en 1995. Il est frappant
de constater que plus de 80% d'entre elles ont moins de
30 ans. L'Estonie, la Lettonie, la Fédération
de Russie et l'Ukraine sont les pays les plus affectés
mais le virus continue à se propager au Bélarus,
au Kazakhstan et en République de Moldova.
Le principal moteur de l'épidémie dans toute
la région est la consommation de drogues injectables.
Mais dans certains pays, la transmission sexuelle est
de plus en plus fréquente, en particulier parmi
les consommateurs de drogues injectables et leurs partenaires.
La Russie, qui compte plus de trois millions de consommateurs
de drogues injectables, reste l'un des pays les plus gravement
touchés de la région. La proportion de femmes
parmi les nouveaux cas de VIH diagnostiqués y croît
rapidement - atteignant jusqu'à une femme sur quatre
en 2001 et une sur trois un an plus tard.
Amérique latine
Environ 1,6 million de personnes vivent avec le VIH en
Amérique latine. L'épidémie est concentrée
dans des populations exposées à un risque
élevé d'infection à VIH - les consommateurs
de drogues injectables et les hommes ayant des rapports
sexuels avec des hommes.
Une faible prévalence nationale peut cacher de
très sérieuses épidémies.
Au Brésil, par exemple - le pays le plus peuplé
de la région - la prévalence nationale est
inférieure à 1%, mais dans certaines villes,
60% des consommateurs de drogues injectables sont infectés
par le VIH.
En Amérique centrale, le VIH se transmet surtout
par voie sexuelle - tant hétérosexuelle
que par les rapports sexuels entre hommes.
Caraïbes
Trois pays de la région des Caraïbes ont des
niveaux de prévalence du VIH d'au moins 3% : les
Bahamas, Haïti, et la Trinité-et-Tobago. Environ
430 000 personnes vivent avec le VIH dans la région.
L'épidémie aux Caraïbes est essentiellement
hétérosexuelle et se concentre dans beaucoup
d'endroits chez les professionnel(le)s du sexe. Mais elle
gagne aussi la population générale. Le pays
le plus affecté est Haïti où la prévalence
nationale approche les 5,6%, niveau le plus élevé
hors d'Afrique.
Pays à revenu élevé
On estime à 1,6 million le nombre de personnes
vivant avec le VIH dans ces pays. Contrairement à
ce qui se passe ailleurs, la grande majorité des
personnes qui ont besoin d'un traitement antirétroviral
dans les pays à revenu élevé y ont
accès, ce qui signifie qu'elles restent en bonne
santé et survivent plus longtemps que les personnes
infectées dans d'autres pays.
Le rapport révèle que les infections sont
en hausse aux Etats-Unis et en Europe occidentale. Aux
Etats-Unis, on estime que 950 000 personnes vivent avec
le VIH - elles étaient 900 000 en 2001. La moitié
de toutes les nouvelles infections de ces dernières
années ont été signalées chez
des Africains-Américains. En Europe occidentale,
580 000 personnes vivent avec le VIH, alors qu'elles étaient
540 000 en 2001.