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Emploi et formation : des solutions pour éradiquer la pauvreté ?
par Josué Sandjiman Mamder
Bureau International du Travail (BIT) - Département des politiques de développement

Concernant l'emploi productif et rémunérateur, les problèmes de pauvreté, d'exclusion et de marginalisation sociale, ainsi que la formation professionnelle appropriée et le développement des ressources humaines, les perspectives demeurent moroses pour une très large partie des hommes de ce monde, et cela dans un contexte de niveau de richesses et de technologies mondiales jamais égalé dans notre histoire.

STATISTIQUES : ÉTAT DES LIEUX

L'Organisation Internationale du Travail estime qu'à la fin de l'année 1998, près d'un milliard de travailleurs potentiels, soit le tiers de la main d'oeuvre mondiale, seront au chômage ou sous-employés.

En effet, d'ici la fin de cette année, au nombre des chômeurs actuels - c'est à dire des individus disponibles qui cherchent un emploi et n'en trouvent pas, soient 150 millions de personnes - s'ajouteront 25 à 30 % des travailleurs potentiels du monde soient 750 à 900 millions de personnes sous-employées. Les personnes sous-employées sont des personnes qui souhaitent travailler à plein temps mais qui ne travaillent en fait qu'occasionnellement, à temps partiel ou qui gagnent moins que le salaire minimum.

Cette situation de taux de chômage et de sous-emploi élevé est source d'exclusion sociale par le travail, notamment à l'égard des jeunes, des vieux, des personnes handicapées, des personnes peu qualifiées, des minorités ethniques et des femmes. Le chômage et le sous-emploi sont également l'expression ou la conséquence de la faiblesse du niveau de formation ou de qualification.

On estime que 60 millions de jeunes de 15 à 24 ans sont actuellement dans le monde à la recherche d'un emploi mais ne pourront pas en trouver.

En Afrique sub-saharienne, la performance économique a progressé au cours des dernières années. En 1995, on a constaté que 33 pays de cette sous région ont enregistré un taux de croissance économique supérieur à celui de la croissance démographique. Le taux de croissance économique général de l'Afrique se situait cette année là à 3,7 % alors qu'il était de 1,9 % en 1994.

Cependant le développement de l'emploi productif n'a pas suivi le rythme de la croissance de la main d'oeuvre. La population active a augmenté d'environ 3 % par an, pendant que l'emploi salarié du secteur moderne reculait ou stagnait entraînant une détérioration des conditions de travail et de vie évidente.

La majorité de la population active de l'Afrique sub-saharienne travaille hors du secteur moderne et est engagée dans des activités économiques à faible productivité, notamment dans l'agriculture à dominante vivrière et dans le secteur informel urbain, secteur qui renferme 60 % de l'emploi urbain et 25 % de l'emploi global alors que le secteur formel ne représente que 8 % de l'emploi total de toute l'Afrique.
Le taux moyen du chômage urbain a presque doublé au cours des 15 dernières années pour se situer à plus de 20 %. On estime que celui-ci devrait avoisiner 30 % en l'an 2000, à moins que des actions ne soient entreprises pour inverser la tendance actuelle.

Le chômage des jeunes africains reste critique. La majorité des jeunes abandonne prématurément les études pour diverses raisons : mauvaises perspectives d'accès à un emploi productif et rémunérateur à l'issue des études, nécessité de gagner des revenus pour soi-même ou pour aider les parents qui ne peuvent plus subvenir aux besoins des jeunes.

Les femmes sont en surnombre parmi les chômeurs, elles sont souvent impliquées dans des activités marginales et peu rémunératrices.
Vu la conjoncture économique et le contexte technologique, les personnes peu qualifiées ont de moins en moins de possibilités d'emploi. Les personnes handicapées sont encore plus pénalisées car il n'y a pas de structures adaptées à leur handicap en Afrique. D'une manière générale, les taux de chômage et de sous-emploi progressent rapidement en Afrique sub-saharienne.

Bien que les effets des derniers soubresauts politico-sociaux dans un certain nombre de pays africains sub-sahariens sur les tendances et données économiques et sociales ne soient pas encore suffisamment analysés et connus, l'ampleur du problème de l'emploi peut être mesuré par le fait que d'ici l'an 2010, la population africaine passera de 567,5 millions à 854,2 millions, soit une progression de 2,8 % par an.

Entre 1997 et 2010, le taux de croissance de la population active atteindra 2,94 % en moyenne par an, alors que le taux sera de 1,9 % en Asie du Sud-Est et de 1,8 % en Amérique latine. En conséquence, d'ici l'an 2010, près de 8,7 millions d'individus en moyenne entreront chaque année sur le marché de l'emploi en Afrique, il faudrait leur trouver des emplois rémunérateurs.

POURQUOI CETTE PAUVRETE ?

La question de la pauvreté en Afrique est étroitement liée tant au manque de possibilités adéquates d'emploi productif qu'à l'état hybride du tissu social des pays de cette sous-région.

La création d'emplois est le mécanisme le plus efficace permettant de lutter et d'éradiquer la pauvreté.

L'Afrique sub-saharienne qui a une économie rurale dominante et possède donc une forte population rurale, détient pourtant le record du taux d'accélération de l'urbanisation le plus élevé du monde, avec une absence presque totale de maîtrise des problèmes urbains, matériels et sociaux.

Bien que les données sur la pauvreté soient peu abondantes, on observe que la proportion de la population vivant dans la pauvreté est en augmentation et l'Afrique demeure la seule région du monde pour laquelle toutes les prévisions indiquent une hausse continue du niveau de pauvreté extrême.

Dans le domaine de l'éducation et de la formation professionnelle, l'Afrique détient la "lanterne rouge". Dans cette sous-région les systèmes de formation sont surtout publics et longs à s'ajuster. De ce fait, de nombreux programmes ne répondent pas à l'évolution des besoins des entreprises et des individus en matière de nouvelles qualifications, exigées pour décrocher un emploi dans les secteurs en expansion. Les causes de cette inertie sont multiples :

  • insuffisance de soutien budgétaire pour l'adoption de nouveaux programmes

  • concentration de la prise de décisions au niveau gouvernemental

  • manque d'informations récentes concernant le marché de l'emploi

  • manque de collaboration avec les entreprises

La mise en valeur des ressources humaines permet l'employabilité accrue d'une population. La compétitivité et la productivité de l'économie nationale sont en partie dépendantes du degré de l'éducation et de la formation professionnelle. L'éducation et la formation professionnelle sont transversales et indispensables à tous les secteurs socio-économiques.

Il est de notoriété publique que le miracle économique asiatique a été fondé sur une mise en valeur poussée des ressources humaines par une éducation et une formation professionnelle appropriée.

VERS UNE CROISSANCE DURABLE

Face à un tel état des lieux socio-économique, l'Afrique sub-saharienne n'a pas d'autre alternative que de s'engager dans la voie de la croissance durable afin d'éviter sa marginalisation persistante par rapport à l'économie mondialisée et afin d'éradiquer sa pauvreté galopante.
Cette croissance n'est possible que si une stratégie à forte intensité d'emplois et de systèmes de formation appropriés est élaborée et mise en oeuvre.

Pour une croissance rapide et durable de l'économie africaine (en plus des réformes structurelles inévitables, parce que nécessaires, et des mesures et actions macro-économiques indispensables pour appuyer la relance d'activités productives et l'emploi dans le secteur informel) des actions de développement doivent être prises en priorité dans les domaines de la petite entreprise, des activités du secteur informel, de l'agriculture et des activités rurales.

En effet, les analyses et les observations ont prouvé que c'est dans ces secteurs précités que l'emploi peut être créé, amélioré et rendu rémunérateur avec une certaine valeur ajoutée locale et un effet probant de lutte contre la pauvreté. Les programmes de formation qualifiantes sont plus adaptables et accessibles aux travailleurs de ces secteurs.

Pour stimuler et soutenir l'expansion et la productivité des petites et moyennes entreprises modernes, il convient de mettre en place les politiques d'action suivantes :

  • soutien des programmes de développement de l'esprit d'entreprise indigène et du secteur privé

  • amélioration de l'accès au crédit

  • encouragement de la création de liens entre les entreprises de tailles variables et entre divers secteurs

  • ciblage de l'assistance vers des groupes spécifiques, par exemple, les jeunes, les femmes entrepreneurs et les personnes handicapées

  • développement des compétences technologiques

  • amélioration de l'accès aux marchés et réseaux d'information

  • accroissement des possibilités de formation et de développement des compétences

L'économie informelle urbaine représente le second potentiel de création d'emplois dans les pays de l'Afrique sub-saharienne. L'emploi s'est accru dans le secteur informel urbain suite aux mesures de déréglementation, mais la productivité y a décliné entraînant un accroissement de la pauvreté urbaine.

Aussi toute stratégie pour réduire la pauvreté par la création d'emplois dans l'économie informelle urbaine ne doit pas se concentrer uniquement sur l'augmentation des possibilités d'emploi dans ce secteur, mais aussi l'amélioration de la productivité du travail.

L'objectif général est d'améliorer la proportion des possibilités d'emploi plus productif et de meilleure qualité dans le secteur informel. Et toute la stratégie (ou cadre d'action) qui vise à soutenir l'économie du secteur informel urbain dans sa lutte contre la pauvreté par la création d'emplois devrait comprendre au moins les six orientations politiques suivantes (qui sont intimement liées) à savoir :

  • l'amélioration de l'environnement favorable au développement du secteur informel, y compris la protection sociale

  • le développement de l'accès aux services financier et des possibilités de commercialisation

  • la formation aux activités industrielles et manufacturées et à l'utilisation d'une technologie moderne

  • le renforcement des liens avec l'économie formelle au travers de la sous-traitance et avec l'économie rurale, notamment par le biais des activités rurales non agricoles

  • l'intensification du développement de l'infrastructure en vue de soutenir l'économie formelle en s'appuyant sur une technologie à forte intensité de main d'oeuvre

  • le développement de l'éducation de base, des compétences technologiques et de la formation à la gestion

S'APPUYER SUR L'ECONOMIE RURALE

Les politiques qui visent une croissance à forte intensité d'emplois dans l'économie rurale, surtout agricole, et les politiques de lutte contre la pauvreté doivent être conçues comme une partie intégrante de la stratégie. Elles doivent permettre une croissance vigoureuse de l'ensemble de l'économie d'un pays. Pour assurer une grande élasticité en matière de création d'emplois, il sera nécessaire d'adapter plusieurs mesures qui insuffleront une nouvelle vigueur à l'équité. Une politique d'ensemble aura de loin plus d'effet sur la productivité et l'emploi que le cumul de politiques distinctes mises en oeuvre séparément. Cela est dû au fait qu'une politique d'ensemble comprend des groupements au sein desquels les politiques se renforcent mutuellement et créent des cercles vertueux.

En Afrique sub-saharienne, la principale ressource rurale est la terre. Dans de nombreux pays africains, la volonté des paysans d'améliorer les terres agricoles peut être considérablement renforcée si on remplace le système quasi-informel d'accès à la terre par un régime cadastral approprié, en étroite collaboration, dans la conception et l'application, avec les individus vivants sur les terres. Là où une réforme agraire de redistribution n'est pas faisable, des impôts fonciers progressifs et d'autres mesures devraient être appliqués pour décourager les grands propriétaires terriens de garder des terres non exploitées, à des fins de spéculation, et pour les encourager à les utiliser pour la production.

Les pays de l'Afrique sub-saharienne devraient diversifier leurs produits agricoles d'exploitation et s'orienter vers des produits dont la demande est plus élastique par rapport aux revenus tels que les fleurs, et les fruits et légumes de contre saison. Les systèmes de recherche agricole, en collaboration avec les organismes de négoce publics et privés, doivent trouver les meilleurs mécanismes pour : l'identification des nouveaux produits orientés sur l'exportation, l'amélioration de la production et de la conservation des produits vivriers locaux, la promotion d'activités non agricoles, l'octroi des crédits, la promotion des entrepreneurs éventuels, l'assistance sous forme de service et de conception des marchés.
L'économie rurale devra être correctement payée de ses efforts. Les paysans doivent avoir un meilleur accès aux équipements de base, ainsi qu'à des semences et des engrais améliorés, par une facilitation du crédit et la fourniture de services d'appoint.

Les produits ruraux, agricoles et autres, devront être payés au meilleur prix afin de permettre un meilleur niveau de vie et une intégration sociale du monde rural où se trouve le plus grand nombre de pauvres en Afrique sub-saharienne. L'amélioration des infrastructures qui privilégie la construction des routes et l'installation de systèmes d'irrigation est cruciale pour l'accès à la technologie et aux avantages que celle-ci procure.

UNE STRATEGIE NATIONALE

L'éradication de la pauvreté devra constituer un objectif prioritaire dans toute stratégie nationale de développement économique et social des pays africains. Et pour atteindre cet objectif, des programmes cohérents et disposant de mécanismes de bonne gestion devraient être formulés et mis en oeuvre.

Ces programmes comprendraient les éléments suivants :

  • le choix minutieux des populations prioritaires qui devraient bénéficier des interventions du programme

  • l'identification des besoins de ces populations

  • le choix des instruments nécessaires pour répondre aux besoins des populations visées

  • la mise en oeuvre effective des interventions qui doivent être exécutées dans les délais, coordonnées et efficaces en terme de coûts.

En effet, la sélection des populations prioritaires nécessite des informations sur les revenus et l'emplacement géographique des segments les plus pauvres de la population. Une des priorités dans toute stratégie d'éradication de la pauvreté est la création de cartes de pauvreté qui identifient l'emplacement géographique des segments les plus démunis de la population et recensent l'infrastructure sociale et matérielle existante. Les populations concernées ainsi que les organisations locales ou régionales doivent être associées au choix et à la formulation des programmes comme à l'organisation des communautés les plus pauvres.

Dans le secteur informel, rural ou urbain, et le domaine de la formation les ONG sont à la pointe du progrès, elles peuvent aider à créer et/ou à consolider les organisations des communautés les plus démunies.

Les grands programmes mondiaux ou sous-régionaux mis en oeuvre sous l'égide du BIT ont permis de disposer d'expériences convaincantes montrant que la participation des bénéficiaires dans le choix des programmes est un facteur essentiel de réussite. On pourrait citer le cas du Programme "Appui associatif et coopératif aux initiatives de développement à la base" (ACOBAM) en Afrique.

Dans le cadre de la lutte la pauvreté en général de l'intégration sociale et de la défense des droits de l'enfant, le BIT a initié sur financements multiples et multilatéraux, un programme contre la forme intolérable du travail des enfants appelé IPEC. Un certain nombre de pays d'Afrique sub-saharienne ont bénéficié de ce programme.

Enfin dans le cadre du suivi du sommet mondial pour le développement social, le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) a été mandaté pour entreprendre un véritable programme d'éradication de la pauvreté. L'Organisation Internationale du travail (O.I.T.) a, elle aussi, été mandatée par ce sommet mondial pour diriger un groupe de travail inter organisation internationales, en vue de faciliter l'application des déclarations du sommet en faveur de l'emploi et des moyens de subsistance durables. Pour donner suite à la déclaration de Copenhague, le PNUD et l'O.I.T. ont mis au point un programme pour la création d'emploi et la réduction de la pauvreté appelé "des emplois pour l'Afrique" actuellement mis en oeuvre. Le programme est aussi une réponse à un engagement du sommet social, en appelant la communauté internationale à accorder une attention particulière à l'accélération de la mise en valeur des ressources économiques sociales et humaines de l'Afrique et des pays en développement les moins avancés. Le programme " des emplois pour l'Afrique" est également mis en oeuvre pour appuyer l'initiative spéciale pour l'Afrique à l'échelle du système des Nations Unies.

Ce programme a donc défini un cadre d'action qui fournit une analyse et une orientation générale en vue d'une stratégie cohérente, multisectorielle fondée sur la promotion de l'emploi et la réduction de la pauvreté en Afrique sub-saharienne.
La stratégie dispose d'un certain nombre d'éléments indispensables à la création d'une série de politiques constantes se renforçant mutuellement tels que :

  • l'intensification du processus des réformes économiques au delà de la stabilisation il faut parvenir à une croissance économique soutenue par le biais de politiques macro-économiques efficaces en vue d'accroître l'investissement

  • la prise en compte du fait que la croissance est une condition nécessaire mais pas suffisante pour parvenir à l'équité il faut chercher et élaborer activement une composition sectorielle de la croissance telle que la maximisation de l'emploi

  • l'établissement de mécanismes assurant un accès à l'emploi et une meilleure rentabilité du travail, pour que les plus pauvres puissent profiter de la croissance

  • l'élaboration d'une politique du développement humain visant à la qualification de la main d'oeuvre (qui est essentielle à la croissance future) à l'amélioration de la compétitivité et à l'éradication de la pauvreté

  • l'apport d'un cadre légal stable au travers des politiques publiques, qui sont nécessaires à la mise en valeur du capital humain, et l'investissement privé

  • l'intégration des questions des exclus, dans les politiques, à différents niveaux.


" En Afrique, la majorité de la population active travaille hors du secteur moderne, dans des activités à faible productivité "

" La mise en valeur des ressources humaines permet l'employabilité accrue d'une population "

" Augmenter les possibilités d'emploi dans le secteur informel urbain pour réduire la pauvreté ne suffit pas, il faut également améliorer la productivité du travail "

" La participation de la population dans le choix des programmes est un facteur essentiel de réussite "

Des sites à visiter

  • Formation à distance

  • http://www.joko.sn/formation/
    Formation et reconversion vers les métiers de l'informatique destinés aux diplômés à la recherche d'un emploi.
    Avec la participation active du Ministère de l'Emploi, de la Formation Professionnelle, du Développement Social et de la Solidarité
    http://www.microsoft.com/northafrica/dc/programme.htm

  • Formation professionnelle au Maroc
    http:/www.alter-eco.com

  • Teacher Education Through Distance Learning (en anglais seulement)
    Ces études de cas offrent un éventail intéressant des applications possibles pour les différents modes d'apprentissage à distance. L'enseignement à distance reflète toujours les infrastructures et le contexte éducatif et socio-économique nationaux, ainsi que l'attitude et les aptitudes des enseignants amenés à s'engager dans ce mode d'enseignement au sein de leurs institutions et communautés respectives. [Texte intégral version PDF]

 

 

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