AIRES MARINES PROTEGEES D'AFRIQUE DE L'OUEST - MISE EN OEUVRE DE LA SURVEILLANCE MARITIME.


AIRES MARINES PROTEGEES D'AFRIQUE DE L'OUEST
mise en œuvre de la surveillance maritime

Contexte

La pêche représente l'une des principales activités économiques des populations côtières de la sous région Afrique de l'Ouest. Parallèlement à une pêche industrielle intense, la pêche artisanale s'est considérablement développée ces 10 dernières années, avec une amélioration des matériels et techniques. Cet effort de pêche, qui a une diminution des niveaux de captures, a poussé les autorités des pays de la sous-région, notamment au travers de la Commission Sous-Régionale des Pêches - CSRP, à préconiser un certain nombre de mesures de gestion. Parmi ces mesures, la plupart des Etats ont créé des Aires Marines Protégées - AMP- qui ont pour fonction essentielle d'assurer la conservation des habitats critiques pour la reproduction des ressources halieutiques et de la biodiversité en général.

Force est de reconnaître cependant que, face à la pression exercée par des pêcheurs trop nombreux par rapport à des ressources en diminution, ces AMP font l'objet d'une pêche illégale qui risque de menacer à terme leur fonction de régénération. Afin de dissuader les pratiques de pêche illégale quelques AMP ont été en mesure de mettre en place des moyens de surveillance de leur territoire maritime. Le Parc National du Banc d'Arguin -PNBA- a réalisé, en Mauritanie, des efforts remarquables à cet égard qui ont permis de contenir en partie l'évolution de la pêche illégale à l'intérieur de ses limites.

Cet effort de surveillance, exemplaire à plusieurs titres, est néanmoins largement insuffisant à l'échelle de la sous-région, risquant ainsi d'anéantir les efforts de protection consentis par ailleurs. Des territoires entiers qui abritent des lieux de reproduction ou des zones de nurseries vitaux pour l'avenir de la pêche artisanale et industrielle ne disposent d'aucun moyen de surveillance, tant sur le plan des ressources humaines que sur celui des équipements prévus à cet effet.

Dans le cadre de la mise en œuvre de la stratégie régionale pour les AMP, et sur la base de l'expérience réalisée au PNBA, il a donc été recommandé d'élaborer un projet visant à développer les moyens de surveillance de ces AMP. Ce projet fait l'objet du présent document.

L'exemple du Parc National du Banc d'Arguin (PNBA) :

En 1998, suite au constat de l'augmentation alarmante de la pêche illégale sur le territoire du parc, un projet de mise en œuvre d'une véritable surveillance maritime a été élaboré par le PNBA, la FIBA et la DSPCM (Délégation pour la surveillance de la pêche et du contrôle maritime). L'organisation repose sur 3 petites vedettes de surveillance basée au nord au sud et au centre de la partie maritime du parc ; l'efficacité de leurs interventions dépend en grande partie des radars financés par l'union européenne, celui de cap Timiris au sud travaillant surtout avec la vedette de Mamghar, le radar de cap Tafarit donnant ses indications aux vedettes d'Iwick et de l'île d'Agadir.

Le protocole d'accord avec le PNBA prévoit que la DSPCM mette a disposition du PNBA un capitaine chef de bord pour chacune des vedettes. L'équipage comprend ainsi à chaque sortie : le capitaine DSPCM, un garde du PNBA et un guide Imraguen, population de pêcheurs résidants sur le territoire du parc ; ainsi ces populations de pêcheurs sont directement impliquées dans les actions de surveillance. Ils apportent de ce fait des renseignements précieux sur les actions de pêche illégale dans le parc ; en effet, en échange de l'acceptation de règles de gestion des ressources halieutiques, ils sont les seuls autorisés à y pêcher, uniquement à la voile, avec un nombre de bateaux précis, en respectant des périodes de pêche etc. Ils ont donc un intérêt direct à ce que la surveillance soit efficace .

La DSPCM fait également intervenir ses propres embarcations sur les actes de braconnage dans le parc, notamment dans la partie nord, ce qui accroît la dissuasion.

La gestion du système a nécessité, au sein du parc, la création d'un département " surveillance et conservation " qui a donc en charge, entre autre, l'organisation et le suivi de la surveillance. Le financement du projet élaboré par la FIBA et le PNBA a été assuré par le WWF avec un appui et un suivi technique de la FIBA.

Afin de s'assurer de l'efficacité du système, une mission d'évaluation a été demandée début 2000 à l'Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage, établissement public du ministère de l'environnement français, ayant en charge le suivi et la protection de la faune sauvage et de ses habitats. Suite à cette évaluation qui faisait notamment ressortir une carence en formations spécifiques des agents du parc, une première mission de formation s'est déroulée fin 2001, puis une seconde fin 2002, afin de former les agents du parc à la conduite de missions de surveillance nautique. Parallèlement, une collaboration technique s'est instaurée sur les problèmes de logistique (fiabilité et adaptation du matériel nautique utilisé) afin d'optimiser l'efficacité de la surveillance ; ainsi, il semble indispensable que les vedettes puissent être d'avantage autonomes dans la recherche des bateaux en infraction sur le parc pour assurer une surveillance efficace et renforcer la dissuasion : les pannes des radars UE en 2001 ont permis de vérifier cette nécessité. Cela implique des vedettes de conception légèrement différentes et équipées de moyens de détection (radars). De plus, le fait d'avoir des agents du parc capables de conduire eux-même des missions de surveillance nautique permet d'accroître le potentiel de surveillance et d'intervention, sans pour autant remettre en cause la collaboration avec la DSPCM .

Ces expériences permettent de tirer des réflexions et des enseignements très riches qui sont transposables à n'importe quel autre espace marin protégé de la sous région (organisation de la surveillance, type et taille des bateaux, motorisation, équipements, formations nécessaires etc.) et sur lesquels pourrait donc s'appuyer efficacement le projet régional ;

Grâce aux efforts conjoints de la Délégation à la surveillance des pêches mauritaniennes (DSPCM) et des agents de PNBA, il n'y a pratiquement plus de gros navires de pêche qui pillent le territoire du parc et le nombre de pirogues arraisonnées est stable même si leur braconnage reste un problème. L'exemple du PNBA est particulièrement intéressant puisqu'il montre qu'avec une volonté politique, un projet bien réfléchi et des moyens somme toute limités, il est possible d'aboutir rapidement à des résultats spectaculaires en matière de lutte contre la pêche illégale et de participation des populations locales à des processus de gestion.

Les enseignements de l'expérience mauritanienne permettent aujourd'hui de dire que cette organisation de la surveillance pourrait être transposée dans les autres pays de l'Afrique de l'Ouest, à titre expérimental d'abord sur un site protégé de chaque pays. L'objectif étant bien sûr d'étendre rapidement l'expérience à toutes les AMP de la région.

Les objectifs du projet

L'objectif des aires marines protégées est de protéger et gérer des habitats menacés ou qui pourrait le devenir, habitats essentiels pour la pérennisation des ressources halieutiques et pour la biodiversité en général.

Toute protection est illusoire si l'on n'a pas les moyens nécessaires pour assurer une protection effective du territoire ; l'objectif du projet de mise en œuvre de la surveillance nautique est donc d'apporter ces moyens aux aires marines protégées

Une surveillance efficace d'AMP en Afrique de l'ouest passe par :

A - Des objectifs clairs

B - Une structure cadre commune aux AMP

C - Des moyens matériels adaptés

D - Des moyens humains formés

E - Une implication des populations locales dans le dispositif de surveillance

F - Des moyens juridiques simples et efficaces

A - Des objectifs clairs :

Les objectifs suivants sont communs à toutes les AMP

En matière de surveillance : définir ce que l'on souhaite protéger et les priorités ; mettre fin ou limiter à un seuil acceptable l'exploitation illégale des ressources, en faisant en sorte que seules les populations autorisées puissent les exploiter ; faire respecter autant que possible les mesures de gestion définies dans le plan de gestion de l'AMP : périodes d'interdiction et légalité des moyens utilisés, espèces interdites d'exploitation, tailles des espèces autorisées, quantités prélevées etc.

En matière de formation : fournir au personnel de terrain des AMP des formations adaptées à leurs missions de surveillance nautique, leur permettant d'être efficaces tout en garantissant au mieux leur sécurité.

B - Une structure cadre

La surveillance d'un territoire demande de la rigueur et de l'organisation. Pour atteindre ses objectifs en matière de surveillance, chaque AMP doit donc être dotée d'une structure cadre permettant de répondre aux critères suivants : existence d'un organigramme comprenant au minimum un directeur/conservateur et un service/ unité opérationnel(e) de surveillance. Ce service comprend le personnel chargé de la surveillance et une unité/ cellule logistique chargée entre autre de l'entretien et la réparation du matériel nautique.

C - Des moyens matériels adaptés :

La fourniture à chaque AMP des moyens matériels doit répondre aux besoins spécifiques de la surveillance des AMP. A cet égard, on choisira :

* du matériel nautique adapté : vedettes en aluminium, de construction professionnelle, répondant à des caractéristiques précises en matière de qualité d'aluminium, d'échantillonnage et d'insubmersibilité, d'une taille comprise entre 6 et 7 mètres, équipées d'un taud permettant d'abriter l'équipage et le matériel électronique placé dans un caisson démontable et comprenant selon les nécessités locales VHF, GPS, sondeur et radar.

L'équipement de chaque bateau pourra varier en fonction des caractéristiques des zones d'intervention et des objectifs recherchés. Cependant, la VHF et le GPS sont l'équipement de base indispensable sur toutes les embarcations. Les caissons de rangement et les réservoirs pourront être éventuellement adaptés à la configuration de chaque AMP, sans que la structure globale du bateau ne soit modifiée. Le fait d'avoir des vedettes identiques dans leur conception permet de réduire le coût d'achat, d'uniformiser la formation des pilotes et des mécaniciens et réduit le coût de maintenance (facilité de commande des pièces détachées etc.)

L'utilisation de l'aluminium permet également des adaptations ponctuelles de chaque bateau à sa zone de travail qui peuvent de plus être réalisées localement.

Si chaque AMP doit se voir dotée d'une ou plusieurs embarcations de ce type comme dispositif de surveillance de base, des moyens nautiques complémentaires particuliers adapté à chaque AMP peuvent très utilement compléter le système (petites embarcations type pirogue, plus grosse unité " mère " servant de base avancée en mer, etc.). Une évaluation préalable de ces moyens complémentaires serait judicieuse .

La motorisation doit être faite avec des moteurs hors bord pour des raisons de coût initial et de facilité d'entretien. On privilégiera des modèles 4 temps qui sont moins bruyants, moins polluants, moins fragiles tout en étant et plus économes (plus de mélange à faire) et plus faciles d'entretien. Une double motorisation est à préconiser pour des raisons de sécurité et d'efficacité (plus de puissance, de rapidité et plus faible tirant d'eau), mais les conditions de terrain locales peuvent tout à fait justifier une mono-motorisation.

* des équipements adaptés aux nécessités de la surveillance : uniformes, tenues adaptées aux missions nautiques, matériel de vision, ordinateurs etc.

D - Des moyens humains formés:

Pour chaque AMP le personnel chargé de la surveillance doit être formé à l'organisation et la conduite de mission de surveillance nautique

Le personnel chargé de la surveillance maritime doit " s'approprier " l'AMP et sa protection, pour ce faire, il doit être recruté et formé judicieusement. Disposer de personnels ayant reçu une formation initiale spécialisée (Eaux et forêts par exemple) peut permettre d'avoir une surveillance plus rapidement efficace, mais nécessite cependant impérativement des formations supplémentaires sur la gestion des opérations de surveillance, la navigation, la sécurité en mer, le contrôle, l'analyse des résultats etc..

L'importance de la maintenance et de la réparation du matériel nautique dans l'efficacité de la surveillance d'une AMP est telle que le recrutement doit viser des agents polyvalents (ils doivent pouvoir participer aux opérations de surveillance). De ce fait, il doit être ciblé de préférence sur des personnes ayant reçu une formation initiale en mécanique. Ils doivent ensuite être formé à la maintenance et la réparation du matériel nautique.


( Pour plus d'informations, prendre contact avec l'Unité des Sciences Exactes et Naturelles du Bureau de l'UNESCO à Dakar.

Prendre contact avec le Docteur Achille OLLOY pour les observations et les échanges d'informations ).


 
 

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