Gestion participative des ressources de la zone Côtière du complexe des Îles d'Urok -
Réserve de Biosphère de l'Archipel des Bijagos, Guinée Bissau.


Gestion participative des ressources de la zone côtière du complexe des îles d'Urok - Réserve de Biosphère de l'Archipel des Bijagos, Guinée Bissau

Contexte et Justification

Le complexe des îles d'Urok se situe dans la partie nord de l'archipel des Bijagos, au large de la Guinée Bissau. Il englobe un ensemble d'îles et d'îlots dont les principaux sont Formosa, Nago et Chedia. L'ensemble qui correspond à la zone d'exploitation traditionnelle des communautés résidentes couvre une superficie de 545 km² dont 147 km² de milieux terrestres, 66 km² de mangroves, le reste se répartissant entre vasières intertidales (203 km²) et chenaux profonds (8 km²).

La population des trois îles est estimée à 2572 habitants (recensement 1991), dont 1703 sur Formosa, 569 sur Nago et 300 sur Chedia répartis en 33 villages. Le principal village est Abu qui est aussi la capitale du secteur de Caravela (à confirmer). La population des îles est composée à 70% de l'ethnie Bijago, mais aussi de Pepels issus de la rive opposée du rio Geba, et de Nhominkas en provenance du delta du Saloum (Sénégal) et récemment sédentarisés. Les communautés Bijagos ont une économie de subsistence basée sur l'agro-sylviculture (riziculture de brûlis sous palmeraies) et l'exploitation diversifiée des ressources naturelles. La collecte de coquillages, pratiquée par les femmes, est une activité essentielle dans la mesure où ces mollusques constituent la base de l'alimentation en protéines animales. La pêche est pratiquée à proximité directe des villages par les hommes, soit à pied, soit à l'aide de pirogues monoxyles. Une pêche à l'aide d'embarcations motorisées est pratiquée par des pêcheurs venus de l'extérieur, qu'il s'agisse de pirogues provenant d'autres parties de l'archipel ou encore de pêche sportive.

La zone côtière du complexe Urok est particulièrement riche sur le plan de la diversité biologique, raison pour laquelle elle est en grande partie classée comme zone centrale de la réserve de biosphère de l'archipel des Bijagos, créée en 1996. Les vasières intertidales, les mangroves et les chenaux représentent en effet des habitats critiques pour la reproduction de nombreuses espèces de poissons et crustacés. Ils constituent également des habitats pour les mammifères, les reptiles et les oiseaux aquatiques. C'est ainsi que la zone abrite l'une des plus fortes concentrations de Lamantins de la sous-région, mais aussi des Dauphins dont le rare Souza teuzsii, des Hippopotames " marins ", des loutres de mer, des crocodiles et plusieurs espèces de tortues marines.

Les vasières sont occupées par d'importantes concentrations d'oiseaux d'eau, essentiellement des limicoles en hivernage et en migration, ainsi que Flamants roses, Pélicans, Hérons, Sternes etc. en tout près de 130 000 individus en provenance de l'Europe du Nord et de Sibérie. Parmi ces espèces, dont plusieurs sont menacées, nombreuses sont celles qui occupent une place prépondérante dans la cosmogonie Bijago. Ces derniers, animistes, entretiennent des liens magico-religieux très forts avec les différents constituants de leur environnement naturel. De nombreux sites présentent un caractère sacré et ne peuvent être visités que dans des circonstances particulières, et des cérémonies de plus ou moins grande envergure, souvent accompagnées de danses et d'offrandes aux esprits, jalonnent les activités quotidiennes. Toutes ces particularités " culturelles " ont une fonction déterminante dans l'organisation traditionnelle de l'espace et de l'accès aux ressources. Elles doivent par conséquent être prises en compte de manière impérative dans la configuration du plan de gestion.

Depuis quelques dizaines d'années les échanges commerciaux avec le continent se sont développés. Cela concerne avant tout les fruits de l'anacardier (noix de cajou) et les produits de la pêche. Les influences de l'extérieur ont aussi progressé avec l'arrivée de populations allochtones toujours plus nombreuses et attirées par les ressources naturelles encore abondantes des îles Urok. C'est ainsi que les Pepels exploitent les coquillages, les palmeraies et la paille, et les Nhominkas le poisson. Cette exploitation s'effectuant dans une perspective commerciale, les prélèvements ont été parfois excessifs au point de faire quasiment disparaître certains coquillages (Melongena) ou des poissons tels le poisson-scie.

Bien que cette situation amène des avantages en termes de facilitation des échanges ou de transferts de technologies, elle génère de plus en plus de conflits avec les communautés Bijagos. On assiste simultanément à la disparition progressive de certaines règles traditionnelles et à la diminution patente des ressources, alors même que les jeunes générations sont à la recherche d'activités lucratives.

C'est dans ce contexte que les autorités traditionnelles de Formosa ont sollicité l'appui de l'ONG Tiniguena-Esta terra é nossa. Cet appui, orienté à l'origine vers l'agriculture, concerne depuis 1997 la question des ressources naturelles de la zone côtière de l'île de Formosa dans un premier temps, puis du complexe d'îles d'Urok. Après avoir mis en place des moyens répondant à des attentes spécifiques en matière de transport maritime et de pêche artisanale, la phase 2001 - 2003 visait les objectifs suivants :

- Préparer, négocier et soumettre aux autorités un Plan de gestion des espaces et ressources côtières du groupe d'îles d'Urok.

- Contribuer à une meilleure connaissance et à la définition de mécanismes de gestion des écosystèmes et ressources naturelles à la fois stratégiques pour les populations résidentes et d'intérêt international sur le plan de la conservation.

- Contribuer à améliorer les conditions de vie des populations au travers d'une meilleure gestion et valorisation de ces ressources.

- Faciliter la mise en place d'un cadre de concertation continue permettant une plus forte implication des populations, et en particulier des jeunes, dans l'orientation des choix de société.

Les résultats de cette phase, réalisée en partenariat avec la FIBA, NOVIB et SWISSAID et qui doit s'achever fin 2003 peuvent être résumés comme suit. Un travail systématique a été entrepris pour décrire la nature et l'intensité des activités de pêche dans la zone (poissons et coquillages) ainsi que les modes de transformation et de commercialisation. Des modes de pêche alternatifs ont été explorés sur le plan des engins (lignes et filets divers), de l'organisation des captures (pirogue mère), de leur traitement (fours Chorkor) et de leur commercialisation. Des enquêtes ont été menées sur les lieux de débarquement pour une meilleure connaissance de la distribution spatiale et temporelle des différentes espèces et pour évaluer l'effort de pêche. Les territoires de pêche villageois ont été cartographiés au sein d'un système d'information géographique, en collaboration avec le Cabinet de Planification Côtière.

. Des séances de formation relatives au montage et à l'utilisation de certains engins de pêche ont été organisées et, simultanément des mécanismes de crédit ont été mis en place pour permettre aux pêcheurs d'accéder à ces engins. Une enquête spécifique a été menée sur les activités des femmes en relation avec la collecte des coquillages, leur importance alimentaire et leur représentation culturelle. Ces opérations, menées en collaboration étroite avec les pêcheurs, ont été mises à profit pour recueillir toutes les informations possibles concernant les règles d'usage traditionnelles, les sources de conflits et, d'une manière plus générale, les savoirs populaires relatifs aux ressources, à la faune sauvage et au fonctionnement des milieux.

En accompagnement à cet ensemble d'activités, un travail d'animation a été réalisé dans les différents villages pour mener la réflexion autour des nouvelles règles d'usage à préconiser. Ce travail a débouché sur la création de comités villageois de pêcheurs d'une part et de collectrices de coquillages d'autre part, lesquels constituent des organes de représentation lors des assemblées insulaires. Une fois par année un cycle de concertation a été institué qui permet dans un premier temps d'organiser une assemblée générale pour chacune des 3 îles, suivie d'une assemblée du complexe d'Urok. Ces réunions ont débouché sur un schéma général d'utilisation de l'espace et des ressources qui représente le cœur du plan de gestion. Ce dernier, qui sera présenté aux autorités à la fin 2003, organise l'espace au travers d'un zonage qui prévoit la reconnaissance de :

- territoires de pêche villageois ;

- zones de conservation délimitées principalement par le chenal qui divise les 3 îles principales

- zones périphériques ayant une vocation de développement de la pêche.

A chacune de ces zones est associé un ensemble de règles touchant à l'utilisation des différentes ressources. En schématisant, les premières ont pour vocation de garantir les besoins de subsistance des communautés, les secondes sont destinées à préserver les habitats critiques nécessaires à la reproduction des ressources halieutiques ainsi qu'à la diversité biologique. Quant aux troisièmes elles constituent des zones privilégiées pour une pêche artisanale commerciale réservée -de manière exclusive ou prioritaire- aux pêcheurs résidents.

Le travail d'animation a consisté également à organiser, pour les femmes collectrices de coquillages, une visite d'échanges avec les femmes de la réserve de biosphère du delta du Saloum. Cet échange a représenté un temps fort à de nombreux égards. Il a permis notamment de favoriser une réflexion sur l'avenir de cette activité en comparant des stades d'évolution et des modes d'exploitation différents. L'animation a porté également sous forme d'activités culturelles telles que pièces de théâtre, groupe de carnaval etc.

But et objectifs de la seconde phase

Le but du projet est de : " promouvoir et mettre en œuvre une dynamique de gestion participative, intégrée et durable des ressources naturelles et de la diversité biologique sur la zone côtière du complexe insulaire Urok (réserve de biosphère de l'archipel des Bijagos), au bénéfice des populations résidentes ".

Les objectifs spécifiques de la seconde phase sont les suivants :

· Objectif 1 : Promouvoir un accroissement significatif des revenus et de la qualité de vie des communautés résidentes des 3 îles.

· Objectif 2 : Appuyer les populations résidentes dans la mise en place et le suivi des recommandations formulées au sein du Plan de gestion.

· Objectif 3 : Entretenir une animation culturelle intensive pour accompagner les transformations sociales qui s'opèrent au sein des communautés, en particulier auprès des jeunes.

· Objectif 4 : Considérant que le complexe d'Urok constitue un ensemble représentatif de l'archipel tant sur le plan de la société que de l'environnement, dégager les leçons du projet et les diffuser auprès des acteurs des autres ensembles de la Réserve de Biosphère.

 

( Pour plus d'informations, prendre contact avec l'Unité des Sciences Exactes et Naturelles du Bureau de l'UNESCO à Dakar.

Prendre contact avec le Docteur Achille OLLOY pour les observations et les échanges d'informations )


 
 

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