CONTRIBUTION
AU RENFORCEMENT DE LA CONSERVATION DES FORETS SACREES EN VUE DE
LA GESTION DURABLE DES RESSOURCES NATURELLES:
Cas de la forêt sacrée de Zaïpobly dans le Sud-Ouest
de la Côte-d'Ivoire.
Par
Dr Martine TAHOUX TOUAO, Directrice du CRE Point Focal du MAB-CI
et du Patrimoine Mondial
PROBLEMATIQUE
DE L'ETUDE
La
protection de l'environnement en général et des ressources naturelles
en particulier est une préoccupation constante chez tous les peuples
mais elle diffère de forme et de finalité d'une civilisation à
une autre, principalement en fonction de la perception de la nature
et des rapports qui en découlent. Dans les sociétés traditionnelles
africaines, la protection de l'environnement résulte de l'ensemble
des croyances des populations en rapport avec Dieu et le monde.
En
effet, dans ces sociétés où selon les formes religieuses longtemps
en vigueur tous les êtres (minéraux, plantes, animaux, humains)
sont dotés de substance universelle positive et éternelle, Dieu,
Etre Suprême, est lointain. Il ne peut être atteint que par l'intermédiaire
des divinités, génies et ancêtres disparus(mais considérés comme
toujours vivants) vivant à certains endroits précis de la nature,
des montagnes, des forêts, des eaux. Ces endroits craints, vénérés
et de gestion réglementée sont appelés aires sacrées et font partie
intégrante de ces sociétés dont elles ordonnent, structurent et
reproduisent la vie.
Au
plan écologique, les sociétés traditionnelles africaines, de par
leurs rapports à la nature ont contribué de manière significative
à la protection des ressources naturelles : " A Madagascar, les
îlots forestiers relictuels, qui contrastent avec les immenses
étendues déboisées des plateaux centraux ou de la côte Est, sont
épargnés en vertu du caractère " fady " (sacré) que leur confère
la présence d'un tombeau en leur sein. Les crocodiles du Nil se
sont raréfiés partout en Afrique de l'Ouest sauf dans les "mares
sacrées " où ils doivent la vie sauve à leur signification symbolique
d'ancêtres réincarnés. Sur la lagune littorale béninoise, la mangrove
a été entièrement coupée, à l'exception de quelques " bosquets
fétiches " de palétuviers près de certains villages.... (BOUSQUET
B)
La Côte d'Ivoire possède 5549 forêts classées d'une superficie
totale de 36 434 hectares et reparties sur l'ensemble du territoire.
Pendant longtemps, l'exploitation de ces forêts a été le fait
exclusif des communautés traditionnelles qui s'adressaient à cette
fin aux devins, seuls intermédiaires autorisés par les divinités
et les ancêtres disparus. Cette exploitation qui obéissait à des
règles et hiérarchies complexes où maîtres de terre, de la parole,
du silence jouent des rôles prédominants par rapport à la communauté
de profanes, était d'ordre culturel et avait pour objectif principal
la reproduction de la société traditionnelle à travers soit le
maintien de l'ordre social, la consolidation ou la restauration
de l'ordre social. L'exploitation culturelle des forêts sacrées
ne constituait pas une menace pour l'intégrité de l'espace ni
pour ses composantes naturelles.
Les forêts sacrées, véritables richesses culturelles mais aussi
réserves fauniques et floristiques, subissent aujourd'hui partout
en Côte d'Ivoire des pressions anthropiques qui mettent en péril
leur existence. En effet, les menaces socioculturelles et les
pressions économiques et démographiques constituent les premiers
facteurs de désacralisation et d'exploitation des ressources de
ces écosystèmes. Si des mesures adaptées à chacun des contextes
locaux ne sont prises, l'important Savoir Ecologique Traditionnel
ivoirien et les ressources naturelles qu'il a permis de conserver
risquent d'être perdus à jamais pour l'humanité. Il convient dès
lors, en vue de pérenniser les forêts sacrées, d'améliorer leur
gestion actuelle en favorisant l'adhésion de l'ensemble des communautés
locales à cet objectif. D'où l'intérêt de la présente étude consacrée
à la forêt sacrée de Zaïpobly dans la sous préfecture de Taï,
au Sud-Ouest de la Côte d'Ivoire.
Objectifs
de l'étude
Objectif
général
L'objectif
général de cette étude est de contribuer à la conservation de
la forêt sacrée de Zaïpobly.
Objectifs
spécifiques
Six
objectifs spécifiques sont assignés à la présente étude :
Faire
un inventaire systématique de la flore et de la faune ;
Faire
une étude ethnobotanique sur l'utilité des plantes et ethnozoologique
sur les différents usages de la faune ;
Etudier
le fonctionnement du Kwi, autorité de gestion et de conservation
de la forêt sacrée de Zaïpobly ;
Identifier
les pressions anthropiques exercées sur la forêt sacrée de Zaïpobly
;
Analyser
la perception de la forêt sacrée et son mode actuel de gestion
par les populations de Zaïpobly ;
Identifier
avec les populations de Zaïpobly les actions prioritaires à entreprendre
en vue d'une gestion durable de cette forêt.
METHODOLOGIE
DE L'ETUDE
Méthodologie de collecte des données
Etude
ethnobotanique, ethnozoologique et de la faune de la forêt sacrée
de Zaïpobly
Inventaire
faunique et floristique
Nous
avons fait un inventaire faunique diurne. Cet inventaire s'est
fait par des visites de la forêt à l'effet d'observer les traces
d'animaux, leurs fientes et les restes de leurs produits de consommation.
Cette enquête s'est avérée insuffisante du fait de la brièveté
de notre temps de séjour au village. Aussi, avons-nous complété
les données obtenues par les enquêtes auprès des personnes ayant
une bonne connaissance de la diversité biologique de la forêt
sacrée. Elles ont inventorié les différents animaux qu'elles ont
rencontrés ou dont elles ont vu les traces dans cette forêt. Nous
avons interrogé dix personnes et confronté les informations qu'elles
ont fournies. L'inventaire floristique a été plus complet ; en
effet, lors de nos missions antérieures, nous avons eu suffisamment
de temps pour parcourir la forêt.
Enquêtes
ethnobotaniques et ethnozoologiques auprès des populations
Les
enquêtes ethnobotaniques et ethnozoologiques avaient pour but
d'interroger les populations sur l'utilisation de la faune et
la flore identifiées dans la forêt sacrée de Zaïpobly.
Etude
socioéconomique
Les
entretiens semi-structurés
La
méthodologie adoptée dans le cadre de cette mission est une combinaison
du " diagnostic rapide en milieu rural " et des enquêtes conventionnelles
par questionnaire. Le " diagnostic rapide en milieu rural " permet
une évaluation du milieu rural tout en alliant rapidité et fiabilité.
Dans ce cadre, nous avons eu recours à des interviews semi-structurées
avec les notables, les jeunes et les communautés allochtones du
village alors que par le questionnaire, nous avons cherché à obtenir
des informations à caractère individuel.
Selon
les résultats du dernier recensement de la population et de l'habitat
(1998), Zaïpobly compte 478 habitants. Dans cette population de
base, les autochtones représentent 335 personnes, soit environ
70% de la population totale. Nous avons constitué un échantillon
stratifié représentant 10% de cette population, soit 50 personnes
(30 autochtones et 20 allochtones). Le choix des personnes interrogées
s'est fait selon la méthode dite aléatoire ou probabiliste.
L'observation
directe des comportements
Il
s'est agit pour nous d'observer de façon neutre les comportements
des populations en interaction avec la forêt sacrée du village
en général et avec les ressources naturelles de cette forêt en
particulier. Cette observation fournit des preuves directes des
étapes du comportement, ses antécédents et ses conséquences et
complète les données recueillies par les entretiens semi-directifs
et le questionnaire précédents.
Les
réunions communautaires
Nous
avons eu deux réunions communautaires rassemblant d'une part les
notables et d'autres part les jeunes en leur qualité respective
de dépositaires des traditions et de groupe social le plus confronté
aux contraintes socio-économiques et soumis aux mutations culturelles.
Les jeunes constituent la frange de la population dont le devenir
de la forêt sacrée dépend en grande partie.
Les
objectifs de ces réunions étaient les suivants : Saisir chez chacune
des deux catégories sociales les perceptions de la forêt sacrée
et évaluer avec elles son mode actuel de gestion ; Identifier
avec ces deux groupes des actions prioritaires pour la conservation
de la forêt sacrée de Zaïpobly.
Les
matrices de tendances historiques
A
partir des informations recueillies auprès des personnes âgées
du village, nous avons constitué une tendance historique à moyen
terme de l'utilisation des ressources naturelles et de la qualité
environnementale de la forêt sacrée de Zaïpobly. Pour réaliser
cette tendance historique, les informations obtenues ont été regroupées
sous forme d'une matrice qui montre le degré de prise de conscience
des problèmes environnementaux par les populations locales
Les
matrices de classement prioritaire
Nous
avons, avec les différentes populations, identifié les principaux
aménagements qu'elles souhaiteraient voir réaliser au sein de
la forêt sacrée et nous les avons comparées. Les informations
obtenues nous ont permis de dresser une matrice de classement
prioritaire par paires d'activités d'aménagement prioritaires.
Méthodologie
d'analyse des données
Nous
ferons, pour les données socio-économiques, deux types d'analyse
de nos données recueillies : il s'agit de l'analyse statistique
des données d'enquête traitées grâce à l'outil informatique en
vue de dégager les grandes tendances relativement aux opinions
individuelles ; nous ferons aussi l'analyse de contenu des documents
collectés ; L'approche comparative pour mesurer l'évolution de
la pression humaine sur la forêt sacrée ; il s'agit aussi de comparer
les grandes tendances obtenues à l'échelle des différentes communautés
du village.
RESULTATS
DE L'ETUDE
Présentation
de la forêt sacrée de Zaïpobly
Le
village de Zaïpobly est situé au Sud-Ouest de la Côte d'Ivoire
sur l'axe Guiglo-Taï, à environ 9 km de Taï, dans la périphérie
Ouest du Parc National de Taï. Il possède une forêt sacrée appartenant
au bloc occidental du centre d'endémisme floristique Guinéo-Congolais
dont la végétation originelle est constituée de forêt dense humide
sempervirente à Eremospatha macrocarpa et à Diospyros mannii (Guillaumet
et Adjanohoun, 1971).
La
forêt sacrée de Zaïpobly a une superficie de 12,30 hectares
et est séparée en deux blocs par l'axe Guiglo-Taï. C'est
une forêt secondaire bien conservée. On y distingue trois
strates :
- Une haute strate, constituée de grands arbres.
Les espèces dominantes sont entre autres, Piptadeniastrum
africanum, Parinari excelsa, Erythropheum ivorense, Nauclea
diderrichii, Samanea dinklagei. Certains de ces arbres (Piptadeniastrum
africanum, Parkia bicolor) jouent un rôle écologique de
premier plan pour l'écosystème forestier à cause de leurs
larges couronnes et de leur relative facile dispersion (HAWTHORNE,
1995).
- Une strate moyenne constituée d'arbres de taille
moyenne que dominent : Myrianthus arboreus, Monodora myristica,
Maesobotria barteri etc.
- Une strate basse constituée de diverses Marantaceae
et de jeunes plantes. |
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Localisation
du Parc National de Taï et du village de Zaïpobly.
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Le sous-bois est constitué de quelques Poaceae et Cyperaceae
forestières (Guaduella oblonga, Mapania sp.) Les arbres
portent de nombreuses espèces grimpantes ou épiphytes telles
que Culcasia spp. Quelques espèces lianescentes (Calycobolus
africanus, Manniophyton fulvum) s'enchevêtrent dans les
basse et moyenne strates. A première vue, cette forêt abrite
une diversité floristique assez intéressante. Elle contient
plusieurs espèces endémiques du Sud-Ouest ivoirien dites
Sassandriennes (Hunteria simii, Chrysophyllum taiense).
En outre, elle abrite de nombreuses espèces menacées d'extinction
telles que Garcinia afzelii, Milicia excelsa (AKE ASSI,
1998 ; CHATELAIN et al., 2001) ou rares telles que Uvariodendron
occidentale, Drypetes pellegrinii (HAWTHORNE, 1995 ; BELIGNE,
2000). Elle abrite aussi des caféiers sauvages qui constituent
au plan génétique, des ressources importantes pour l'agriculture
: Coffea ebracteolata, C. canephora, et C. humilis qui est
une espèce endémique stricte (LAUGINIE, 1992). |
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La
forêt sacrée de Zaïpobly, réservoir de ressources génétiques.
Ici, un pied de caféier sauvage, Coffea humilis, espèce
endémique stricte de la zone de Taï.
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| La
forêt sacrée de Zaïpobly a été longtemps préservée grâce
à l'autorité du Kwi, instrument efficace de police et de
justice coutumières. Aujourd'hui, sous l'effet conjugué
de la pression démographique, la pauvreté, la rareté des
bonnes terres cultivables et de la mutation progressive
des mentalités, l'autorité du Kwi, sans être remise en cause,
montre ses limites dans la conservation de la forêt sacrée
de Zaïpobly. Les communautés villageoises de Zaïpobly sont
de plus en plus sensibles aux contraintes qui pèsent sur
la conservation de leur forêt sacrée. |
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La
faune de la forêt sacrée de Zaïpobly
En
attendant un inventaire plus complet (qualitatif et quantitatif)
de la forêt sacrée, nous avons pu avoir cette liste non exhaustive.
Le
daman d'arbre est l'animal totem des Wè de Zaïpobly. Son cri,
la journée, est présage d'un malheur. Souvent il sort de la forêt
sacrée et entre au village. Les villageois lui offrent alors du
riz et de l'huile rouge en signe d'adoration.
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La
forêt sacrée de Zaïpobly, abrite une forte biodiversité
animale. Ici, la genette (Genetta genetta) agile prédateur
des rongeurs et des oiseaux (Photo Petretti)
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Nid
d'un Daman d'arbre. La forêt sacrée de Zaïpobly en abrite
un grand nombre.
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Le
Céphalophe zébrée : espèce endémique stricte de la zone
de Taï. (photo Lauginie)
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La
phytodiversité de la forêt sacrée de Zaïpobly
Les
habitants de Zaïpobly, comme tous les peuples forestiers, utilisent
les plantes pour leurs besoins : l'alimentation (nourriture et
boisson), la construction des habitations, la chasse, la pêche,
l'artisanat et surtout la médecine traditionnelle.
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La
forêt sacrée de Zaïpobly, riches en plantes caractéristiques.
Ici, un jeune pied de Xylopia villosa, arbre aux feuilles
aromatiques
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Le
bas fond de la forêt sacrée de Zaïpobly, riche en Raphia,
espèce sous la double protection du Kwi et des masques.
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Utilisation
du Papo (folioles de Raphia tressé). pour la toiture des
maisons
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Plantes
utilisées comme matériaux de chasse et de pêche et présentes dans
la forêt sacrée de Zaïpobly.
Liste
des plantes présentes dans la forêt sacrée de Zaïpobly et utilisées
comme matériaux de pêche et de chasse.
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Plantes
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Nom
Wè
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Utilisations
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Calycobolus
africanus
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Plo
loubou
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Nœud
coulissant
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Microdesmis
keayana
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Ndoloè
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Ressort
de piège
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Diospyros
sanza-minika
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Poison
de flèche
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Napoleonaea
leonensis
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Djinlo
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Poison
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Ancistrophyllum
secundiflorum
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Digba
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Poison
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Strychnos
aculeata
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Za
lobou
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Poison
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Treculia
africana
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Yourou
tou
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Appât
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Trema
guineensis
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Banglouyon
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Poison
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Plantes
de la pharmacopée traditionnelle présente dans la forêt sacrée
de Zaïpobly
Les
plantes de la médecine traditionnelle peuvent se classer en deux
grandes catégories :
Les
plantes de la pharmacopée ordinaire. Ce sont les plantes utilisées
pour guérir les affections courantes (paludisme, diarrhée etc.)
Les
plantes du domaine mystérieux et des croyances. Ce sont des plantes
dont les effets, réels ou fictifs, relèvent de l'extraordinaire
: plantes pour se protéger des maléfices et celles faisant l'objet
de croyances et de superstitions très répandues dans tous les
domaines de la vie.
a)
L'acquisition de la connaissance des
plantes médicinales.
La
connaissance des secrets des plantes peut se transmettre de deux
façons : par le songe ou par acquisition auprès d'un ami, d'un
parent. Les recettes médicamenteuses acquises en songe ne se transmettent
jamais au risque de perdre la puissance du remède.
b)
Le prélèvement des plantes de la forêt sacrée.
Pour
les habitants de Zaïpobly, la forêt sacrée est une véritable "
pharmacie " naturelle, vu l'état de dégradation avancée de la
forêt environnante. Aussi, les guérisseurs et les personnes connaissant
les plantes remèdes accordent-ils une importance vitale à cette
forêt. Pour éviter le gaspillage des richesses qu'elle contient,
tout prélèvement de plantes dans la forêt sacrée est soumis à
l'approbation préalable du Kwi. Nous définirons dans les chapitres
suivants le Kwi et ses attributions. Deux procédures de demande
d'autorisation sont observées : la procédure " normale " et la
procédure dite " d'urgence ".
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| Séance
de libation à Zaïpobly. Tournés vers l'est, les Sages demandent
l'autorisation, la protection et la bénédiction du Kwi avant
toute activité dans la forêt sacrée. |
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La
forêt sacrée de Zaïpobly, une " pharmacie naturelle ". Ici,
le Zè tou (Klainodoxa gabonensis), utilisé pour guérir l'impuissance
sexuelle. |
La
procédure normale
Lorsqu'un
guérisseur a en charge un patient qui ne nécessite pas d'interventions
d'urgence, il vient trouver les gestionnaires de la forêt sacrée
et le chef du village. Il vient avec une bouteille de liqueur.
Selon les sages, on ne parle pas au Kwi et aux ancêtres les mains
vides.
En Afrique, l'on se réunit autour de la boisson pour raffermir
les liens ou pour régler ses comptes. Aussi, pour unir les ancêtres
à nous, est-il indiqué de faire une libation. La liqueur (Gin
ou Rhum) est la boisson indiquée pour appeler les ancêtres et
contenter le Kwi. Tourné vers le soleil levant, provenance du
bonheur, le notable le plus élevé en dignité procède à la libation
(figure 4). Il demande en substance la bienveillante autorisation
et la protection du Kwi pour accéder à la forêt sacrée. Il promet
en contre-partie de respecter scrupuleusement les interdits fixés
par celui-ci. Après la libation, le récolteur est admis à entrer
dans la forêt. Généralement les guérisseurs allogènes savent récolter
de manière rationnelle ce dont ils ont besoin.
La
procédure dite d'urgence
Lorsqu'un
cas grave et inattendu de maladie (morsure de serpent, crise soudaine,
etc.) se présente, le guérisseur vient informer le chef du village.
Un gestionnaire de la forêt, désigné, entre seul ou accompagné
du guérisseur dans la forêt sacrée pour récolter la plante remède.
En cours de route, des prières sont dites pour expliquer la situation
d'urgence au Kwi. Des jeunes aux vieux, tout le monde connaît
et utilise les plantes pour les soins courants. Nous donnons ici,
juste quelques exemples de l'exceptionnelle connaissance des populations
de Zaïpobly en matière de plantes médicinales.
Comme
l'attestent nos différentes investigations, la forêt sacrée de
Zaïpobly, en dépit de son exiguïté, est très riche en ressources
naturelles. Outre cette biodiversité exceptionnelle, cette forêt
sacrée joue diverses fonctions socioculturelles importantes dans
la vie du village. Cependant, quoiqu'elle semble bien conservée,
la forêt sacrée de Zaïpobly est l'objet de pressions anthropiques
insidieuses qui, si l'on n'y prend garde dès maintenant, pourraient
menacer à moyen terme son existence.
L'important
brassage de populations que connaît aujourd'hui Zaïpobly et les
multiples mutations socioculturelles dont il fait l'objet constituent
des donnes nouvelles dont il convient de tenir compte dans la
mise en œuvre de politique de conservation efficiente et durable
de la forêt sacrée. C'est dans cette perspective qu'après avoir
identifié les agressions dont cette forêt est l'objet, nous avons
analysé sa perception et son mode de gestion par les populations
; nous avons enfin identifié avec ces populations les actions
prioritaires à entreprendre en vue d'une gestion durable de cette
forêt.
Des
pressions anthropiques réelles sur la forêt sacrée de Zaïpobly
La
forêt sacrée de Zaïpobly est de type " ouvert " c'est-à-dire,
accessible à tous les habitants du village sans restriction; seul
l'accès des étrangers est conditionné par des cérémonies rituelles
simplifiées. Bien que le prélèvement de plantes n'y soit permis
qu'avec l'autorisation préalable des anciens et la chasse y soit
interdite, les populations reconnaissent que ces prescriptions
sont de moins en moins respectées. On y constate des prélèvements
de plantes médicinales, des mutilations d'arbres et la raréfaction
des animaux sauvages.
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| Une
forme de dégradation de la forêt sacrée de Zaïpobly : ici,
les marques prélèvements clandestins d'écorces. |
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Une
autre forme de dégradation de la forêt sacrée de Zaïpobly
: le grignotement de la forêt par les populations. |
Place
et rôle de la forêt sacrée dans la vie quotidienne du village
La
forêt de Zaïpobly jouxte le village du même nom ; aussi, son existence
et son caractère sacré sont-ils connus de l'ensemble de la communauté
villageoise. En effet, à la question de savoir " savez-vous qu'il
existe une forêt sacrée à Zaïpobly ? ", tous nos enquêtés ont
répondu par " oui " et ont indiqué l'emplacement de cette forêt.
66 % de nos interlocuteurs ont affirmé l'avoir traversée au cours
des deux dernières semaines.
La
forêt sacrée de Zaïpobly a cinq fonctions spécifiques dans la
vie du village : Sépulture des anciens et des gestionnaires du
site ; Réserve de faune ; Réserve de plantes médicinales ; Ecole
(lieu de formation et d'initiation) ; Lieu de réunions sécrètes.
Les gestionnaires de la forêt, sous l'autorité du Kwi, veillent
au respect des us et coutumes réglementant son exploitation par
les populations du village et celles d'ailleurs. La forêt sacrée
se présente ici comme un espace fermé dont l'accès et l'exploitation
ne sont possibles qu'avec l'accord des gestionnaires.
L'importance
de chacune des fonctions de la forêt sacrée de Zaïpobly varie
d'un habitant à l'autre ; ainsi, au niveau de l'ensemble du village,
8 % de la population lui assigne la fonction de protection en
qualité de barrière verte contre les intempéries, notamment les
vents violents fréquents dans la région ; 44 % de la population
lui attribue la fonction de réserve de faune et de flore alors
pour les autres 48% , cette forêt est un sanctuaire où d'importantes
cérémonies rituelles communautaires ou individuelles ont lieu
(cérémonies d'initiation, conjuration de mauvais sort, bénédiction
d'activités socioéconomiques etc.).
Lors
de nos entretiens de groupes, les notables et les jeunes se sont
dits fiers de leur forêt sacrée en ce qu'elle constitue l'élément
distinctif de Zaïpobly des autres villages de la région. Pour
eux, sans cette forêt, leur village serait anonyme, sans personnalité
propre ; de plus, l'existence de cette forêt a permis à Zaïpobly
d'être connu de la communauté scientifique nationale et internationale.
Ils estiment également que cette forêt constitue un héritage qu'ils
doivent conserver et transmettre aux générations futures.
De
l'appropriation de la forêt sacrée de Zaïpobly par les populations
Les
avis relatifs à la place et au rôle de la forêt sacrée montrent
que cette forêt semble importante pour l'ensemble de la population.
Toutefois, les avis exprimés plus ci-dessus détonnent avec certains
comportements agressifs que nous avons observés vis à vis de cette
forêt. Aussi, avons-nous évalué les dispositions individuelles
et collectives des populations à protéger ou à contribuer à protéger
cette forêt ; à cette fin, nous avons interrogé les différentes
communautés sur les questions suivantes : " Selon vous, à qui
appartient en premier cette forêt sacrée ? " " Contribuez-vous
à la conservation de cette forêt sacrée ? Si oui, comment ? ;
si non, pourquoi et à quelles conditions le feriez-cous ?
Les
données d'enquêtes montrent que 42 % de la population ne se sentent
pas concernés en propre par cette forêt sacrée. Elles affirment
cette forêt appartient en particulier à des personnes précises
du village et ne pas sont pas concernées directement ou indirectement
par sa protection ; 58 % de la population interrogée pensent que
cette forêt est patrimoine important pour la communauté et en
tant que tel, elles contribuent à sa protection par le rôle de
police qu'elles jouent pour la protéger, c'est-à-dire en informant
les notables au cas où elles seraient témoins de prélèvements
clandestins de plantes médicinales, de mutilations d'arbres ou
de braconnage dans la forêt sacrée.
A
l'échelle de la communauté, il apparaît que la proportion de la
population qui se déclare non attachée à la protection de la forêt
sacrée de Zaïpobly est très importante et pourrait constituer
à moyen et si des mesures appropriées ne sont prises maintenant,
un obstacle à la conservation de cette forêt ; en effet, 42 %
da la population seraient d'après ces données, indifférentes de
la dégradation de cette forêt sacrée, voire de sa disparition.
La
proportion des habitants de Zaïpobly attachés à la conservation
de la forêt sacrée du village selon l'origine ethnique ou la nationalité
est : communauté Wè : 95% ; communauté Baoulé : 40% ; communauté
Burkinabé : 40% ; communauté Guinéenne : 20% ; communauté Malienne
20%. On observe que les Wè, autochtones du village, constituent
la seule communauté parmi les six qui composent le village à s'engager
majoritairement (95%) dans les actions de protection de la forêt
sacrée. Les autres 5% de la communauté Wè sont constitués essentiellement
de monothéistes (musulmans et chrétiens). L'enquête relative à
l'avis des monothéistes de Zaïpobly sur l'existence et la conservation
de la forêt sacrée donne les résultats suivants : proportion de
personnes attachées à l'existence de la forêt sacrée et à sa conservation
: 18% contre 82%.
Les
différents résultats obtenus montrent que les populations qui
ont adopté des cultes monothéistes, indépendamment de leur origine,
attachent peu d'importance à la protection de la forêt sacrée
; les allogènes quoique ayant une forte proportion d'animiste
en leur sein, accordent également très peu d'importance à la conservation
de cette forêt. Le déplacement des allogènes animistes de leurs
terres natales à Zaïpobly ne s'accompagne pas de l'adoption par
eux des pratiques religieuses Wè.
La
conservation de la forêt sacrée de Zaïpobly ne peut être durable
que si, en plus des valeurs traditionnelles qui régissent cette
forêt, elle prend en compte d'autres valeurs qui fédèrent les
différentes communautés du village, indépendamment de leur origine
et leur pratique religieuse. La mise en œuvre et la promotion
d'activités d'intérêt communautaire liées à la protection de cette
forêt pourraient contribuer à atteindre cet objectif.
Les
résultats relatifs à la place et au rôle assignés à la forêt sacrée
de Zaîpobly par les populations locales montrent que ces populations
ont acquis des connaissances importantes sur la forêt en général
: rôle de barrière verte (8 %) et réserve de flore (44%). Cependant
ces connaissances écologiques ne sont pas suivies d'acquisition
de comportements appropriés en matière de protection de cette
forêt sacrée par une frange importante de la communauté de Zaïpobly
; cela traduit le manque d'identification de cette population
à la forêt sacrée.
La
gestion de la forêt sacrée de Zaïpobly
La
gestion de la forêt sacrée de Zaïpobly est le fait du Kwi ; à
l'origine, le Kwi était une institution juridictionnelle et policière
dont la compétence s'étendait sur tout le complexe ethnique.
Rôle
et organisation du Kwi de Zaïpobly
Rôle
et organisation du Kwi de Zaïpobly
En
deuxième position se situe le " Séan-lé ". c'est le porte de parole
de Yiré-ba. Il sert d'intermédiaire entre celui-ci et les Kwi-Agnourou
;
En
troisième lieu, le groupe des " Kwi angnonou " ou enfants du Kwi,
groupe d'initiés chargés d'exécuter les grandes œuvres (main active
du Kwi) ; ils jouent également le rôle d'espions, de détectives
Cette
société veille sur la forêt depuis son institution en site sacrée,
à la fondation du village. L'autorité des Kwi est très redoutée
parce qu'en mesure d'infliger des sanctions drastiques parfois
d'une manière foudroyante. C'est principalement pour cette raison
que les anciens leur ont confié la gestion quotidienne de la forêt
sacrée. Les autres acteurs de la gestion de la forêt sacrée de
Zaïpobly sont de deux ordres :
Les
autorités coutumières composées du chef et des notables du village,
dépositaires du savoir ;
La
population de base dont dépend la réussite du système ; elle est
composée des autochtones Guéré et d'allogènes ivoiriens et africains
(Akan, Malinké, Burkinabé, Guinéens, Maliens, etc.)
La
gestion quotidienne repose sur la société des Kwi qui exerce une
dissuasion psychologique et même réelle sur la population de base
au point où celle-ci n'ose pas pénétrer dans la forêt sacrée de
peur de provoquer le courroux du Kwi. En pratique, les membres
des différents groupes constitutifs du Kwi surveillent la forêt
sacrée et portent à la connaissance du chef et des notables du
village toute agression directe ou indirecte, toute violation
des règles relatives à la forêt sacrée.
Les
autres acteurs
Les
autorités coutumières (le chef et ces notables) dépositaires du
savoir.
Les
organismes de recherche et les ONGs : partenaires au développement
du village :
La
population de base de qui dépend la réussite du système.
Le
pouvoir du Kwi avait toute son autorité dans une société culturellement
homogène. Aujourd'hui, l'important brassage des populations que
connaît Zaïpobly et les diverses mutations sociales qui lui sont
inhérentes, notamment l'introduction des nouvelles religions,
ont confiné le Kwi dans le rôle de gardien de traditions dans
lesquelles une proportion de plus en plus importante de la population
ne semble plus se reconnaître.
Bien
que seulement 42 % des personnes interrogées se disent non engagées
directement ni indirectement dans la protection de la forêt sacrée,
le taux de personnes estimant que son mode actuel de gestion est
insuffisant dans l'optique de sa conservation à long terme est
de 76 %. Ces résultats sont corroborés par la matrice de tendances
historiques de la dégradation des ressources animales de la forêt
sacrée obtenues à partir des informations recueillies auprès des
personnes âgées du village.
Cette
matrice montre que la forêt sacrée de Zaïpobly, en dépit de son
étroitesse, est un réservoir très riche de ressources fauniques
et floristiques ; cependant, cet important capital connaît une
forte dégradation depuis 1980, date d'établissement de communautés
allogènes dans le village. Seules les plantes comestibles ne sont
pas encore l'objet de prédation. Cette matrice et les résultats
précédents montrent que les populations du village, indépendamment
de leur attachement à cette forêt sacrée, sont conscientes de
sa dégradation continue depuis les années 80.
Pour
80 % des autochtones de Zaïpobly interrogés, la responsabilité
de la dégradation des ressources de la forêt sacrée incombe aux
populations allogènes qui selon eux, vendent des cartouches de
fusil de type calibre 12, chassent à la lisière de la forêt sacrée,
y prélèvent des plantes médicinales clandestinement. Cependant,
les jeunes estiment que ces actions des allogènes sont favorisées
par la complicité passive de quelques notables de village. En
effet, par manque d'argent, surtout à la rentrée scolaire quelques
pères de famille n'hésitent pas à s'adonner au braconnage pour
assurer les frais de scolarité de leurs enfants. Ceux-là mêmes
qui sont chargés de la surveillance de la forêt sacrée sont souvent
couverts de dettes. Dans ces circonstances, ils ferment les yeux,
sur certains actes défendus.
Les
randonnées pédestres que nous avons effectuées aux alentours de
la forêt sacrée nous ont permis de constater des mutilations d'arbres
principalement sur le coté du village habité par les allogènes
; ceux-ci, par endroits ont procédé à des défrichements en vue
d'étendre leurs concessions au détriment de la forêt sacrée. Si
la menace inhérente à l'extension du village semble aujourd'hui
jugulée grâce à la définition de la zone d'agrandissement du village,
celle due aux prélèvements clandestins de ressources dans la forêt
sacrée demeure préoccupante, eu égard au silence observé par le
Kwi relativement aux actions antérieures.
Les
acquis de Zaïpobly en matière de gestion durable des ressources
naturelles
Le
village de Zaïpobly est situé à sept kilomètres du Parc National
de Taï, à sa périphérie Ouest . Cette position fait de Zaïpobly
le cadre de diverses actions dont l'objectif principal est la
gestion durable du parc. Outre les connaissances générales sur
faune, la flore et leurs interactions, les populations de Zaïpobly
ont, avec l'appui du Projet Autonome de conservation du Parc National
de Taï, domestiqué certaines plantes.
La
domestication en général est un processus qui consiste à mettre
un animal ou une plante dans des conditions de soumission à l'homme.
A Zaïpobly, à coté des jardins de case (généralement dans l'arrière
cour), des plantes médicinales dites de première nécessité sont
plantées. Il s'agit souvent de plantes qui se faisaient rares
depuis l'apparition de certaines pestes végétales comme l'eupatoire
(Chromolaena odorata). Des espèces fruitières spontanées telles
que Beilschmiedia mannii sont aussi domestiquées, de même que
l'Attia (Coula edulis) et le Makoré dont les plantations font
la fierté des propriétaires.
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Exemple
de domestication de plantes à Zaïpobly : pépinière de
Makoré
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Etangs
piscicoles réalisés par les populations de Zaïpobly pour
réduire la pression sur la faune du Parc National de Taï.
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Actions
prioritaires en vue de la gestion durable de la forêt sacrée de
Zaïpobly
L'évaluation
que nous avons faite du mode actuel de gestion de la forêt sacrée
de Zaïpobly avec les populations montre que seulement 24 % des
habitants du village se disent satisfaits de la gestion actuelle
de cette forêt ; la majorité de la population (76 %) estiment
que le mode actuel de gestion ne peut favoriser la conservation
à long terme de cette forêt sacrée.
Pour
les populations de Zaïpobly, la gestion de la forêt sacrée du
village ne peut être durable que par la mise en œuvre de deux
types d'actions complémentaires : la lutte contre la pauvreté
par le développement d'activités génératrice de revenus au profit
de la communauté et la valorisation de la forêt sacrée. Les activités
génératrices de revenus identifiées par les populations sont l'aménagement
des bas fonds pour le développement de la riziculture et la pisciculture.
Quant à la valorisation de la forêt sacrée, elle consistera à
son aménagement pour l'écotourisme, la vente réglementée des produits
végétaux à usage médicinal.
Les
activités identifiées par les populations en vue de valoriser
la forêt sacrée sont au nombre de six.
Inventaire
floristique complet et constitution un fichier botanique inhérent
: activité A ;
Bornage
de la forêt sacrée : activité B ;
Constitution
d'une barrière barbelée entre le village et la forêt sacrée :
activité C ;
Ouverture
les layons et planting d'arbres fruitiers à usage domestiques
: activité D ;
Aménagement
du site de réunion communautaire : Activité E ;
Constitution
d'une barrière verte autour de la forêt sacrée : activité F.
(Avec
les populations, une matrice de classement prioritaire par paires
d'activités de protection de la forêt sacrée
a été conçue. )
Les
activités identifiées par les populations de Zaïpobly ne sont
pas incompatibles les unes avec les autres. Ces activités font
ressortir deux préoccupations principales des populations relativement
à la conservation de leur forêt sacrée : la matérialisation des
limites de la forêt sacrée à l'effet de les faire accepter par
tous les membres de la communauté (autochtones et allogènes) et
la valorisation de cette forêt.
PROPOSITIONS,
CONCLUSION ET RECOMMANDATIONS
L'exemple
de Zaïpobly est une preuve parmi de nombreuses autres(Tahoux ,
et al., 1996 ; Tchouamo, 1998 ; Bérété, 1998 ; Houngnihin, 1998;
Gomé, 1999, etc.) que les systèmes de gestion traditionnelle contribuent
à la conservation de la diversité biologique et culturelle en
Afrique. Il atteste que les sociétés africaines savent s'organiser
pour gérer durablement ce qui leur est cher. Ici, le Kwi, par
l'influence psychologique qu'il a exercée et continue d'avoir
sur une frange importante de la population a permis de conserver
pendant longtemps la forêt sacrée de Zaïpobly.
Aujourd'hui,
la société Wè de Zaïpobly, à l'image de toutes les sociétés traditionnelles
africaines, est le lieu de nombreuses mutations socioculturelles
dont la plupart constitue des facteurs d'abandon ou de rejet de
d'organisations sociales anciennes. Ainsi, la pression démographique,
la pauvreté, la raréfaction des terres cultivables et l'accru
des religions monothéistes consécutif au phénomène migratoire
que connaît Zaïpobly constituent-ils les principaux goulots d'étranglement
et défis pour le fonctionnement harmonieux du système traditionnel
de gestion de la forêt sacrée.
Les
différentes contraintes ci-dessus énumérées ne prédisent pas un
avenir prometteur pour la conservation de la forêt sacrée de Zaïpobly
selon la seule vision culturelle. Bien que la re-dynamisation
du groupe de gestion traditionnel soit encore possible avec la
valorisation du prestige de ses membres, elle ne peut constituer
aujourd'hui la seule stratégie de gestion durable de la forêt
sacrée de Zaïpobly ; des activités de lutte contre la pauvreté
en liaison avec la gestion durable des ressources naturelles et
l'aménagement de cette forêt sont nécessaires à cette fin.
Les
populations de Zaïpobly ont certes des connaissances générales
importantes relatives à la conservation des ressources naturelles,
mais leur engagement à la protection de la forêt sacrée du village
demeure à ce jour peu important. Aussi, des actions de sensibilisation
et d'éducation à l'effet de créer une synergie de l'ensemble des
composantes de la communauté du village en matière de protection
de la forêt sacrée sont-elles nécessaires.
Outre
la sensibilisation à l'effet de susciter l'implication effective
de l'ensemble la communauté villageoise dans la conservation de
la forêt sacrée de Zaïpobly, des actions concrètes et des aménagements
particuliers doivent être entrepris afin d'assurer la gestion
durable de cette forêt. Il s'agit notamment de :
- Borner l'aire originellement sacrée de la forêt
sacrée ;
-
Délimiter autour de l'aire précédente une zone selon l'approche
de protection et de développement intégré par zonage, inspirée
de l'approche du MAB (l'Homme et la Biosphère de l'UNESCO). Cette
zone se composerait de trois aires concentriques protégeant la
forêt sacrée, dans lesquelles les populations réaliseraient des
activités d'éco-développement utiles tant à la forêt sacrée qu'aux
populations riveraines. La zone 1 ou zone de protection immédiate
servirait de réserve aux espèces médicinales, aux essences traditionnelle
en voie de disparition et aux arbres fruitiers pour les animaux
de la forêt sacrée ; La zone 2 ou zone de protection rapprochée,
serait destinée au reboisement domestique à usage courant (Makoré
et autres arbres domestiqués) ; quant à la zone 3 ou zone de protection
éloignée, elle se constituerait des bas fonds jouxtant la forêt
sacrée et servirait au développement de la riziculture et de la
pisciculture. (figure 29) ;
- Faire adopter par les autorités compétentes un statut particulier
de nature à protéger la forêt sacrée de Zaïpobly.
Proposition
de zonage pour la gestion durable de la forêt sacrée de Zaïpobly
La
communauté scientifique et les organismes en charge de la conservation
des ressources naturelles sont, au travers le cas spécifique de
Zaïpobly, sont interpellés à apporter l'appui technique et financier
nécessaire pour renforcer le savoir écologique traditionnel et
assurer la gestion durable des patrimoines écologico-culturels
sur une base consensuelle.
(
Pour plus d'informations, prendre
contact avec
l'Unité des Sciences Exactes et Naturelles du Bureau de
l'UNESCO à Dakar.
Prendre contact avec le Docteur
Achille OLLOY pour les observations
et les échanges d'informations )