PROGRAMME REGIONAL DE CONSERVATION DE LA ZONE CÔTIERE ET MARINE EN AFRIQUE DE L'OUEST - PCRM


Programme Régional de Conservation de la Zone Côtière et Marine en Afrique de l'Ouest - PRCM

Bilan prospectif du fonctionnement de l'environnement littoral ouest-africain

I. Cadre thématique

La zone côtière est un espace de transition et d'interactions entre les influences continentales et maritimes. Ses limites géographiques sont extrêmement difficiles à définir et varient, en fait, suivant l'angle thématique sous lequel on en aborde l'analyse. Les interactions entre les influences physiques, biologiques et humaines se combinent avec les différents modes de transition entre l'océan et le continent pour caractériser une grande diversité de systèmes écologiques et de paysages spécifiques de la zone littorale. Ces systèmes sont particulièrement attractifs pour les établissements humains, tant sur le plan de l'exploitation directe des ressources que sur celui de l'utilisation des caractéristiques des milieux littoraux pour l'agriculture, l'élevage, les transports, l'industrie ou le tourisme. Ces utilisations multiples -et souvent conflictuelles- peuvent entraîner, sous une intense pression démographique ou une exploitation non maîtrisée des ressources, des déséquilibres, voire de réelles dégradations des conditions de fonctionnement du milieu littoral.

La plupart des organisations de conservation considèrent aujourd'hui qu'une planification pour la gestion de l'environnement côtier doit se faire à une échelle régionale, et développent dans cette perspective de nouveaux concepts tels que le Large Ecosystem Management (UICN) ou l'Ecoregion-based Conservation (WWF). Appliquées à la zone côtière de l'Afrique de l'Ouest ces approches sont pertinentes pour plusieurs raisons. Les processus écologiques qui maintiennent la diversité biologique, les ressources naturelles et la stabilité des populations littorales interviennent à des échelles qui dépassent largement les frontières des pays. Les facteurs socio-économiques exercent aussi une influence de plus en plus étendue, en rapport avec les développements technologiques et la mondialisation de l'économie.

Pour ces différentes raisons, 3 organisations internationales, l'Union Mondiale pour la Nature - UICN, le Fonds Mondial pour la Nature - WWF et la Fondation Internationale du Banc d'Arguin - FIBA ont décidé de regrouper leurs efforts pour la mise en place du Programme Régional de Conservation de la Zone Côtière et Marine d'Afrique de l'ouest - PRCM. Une phase préliminaire, démarrée en 2001, a permis d'élaborer une stratégie régionale pour les Aires Marines Protégées et de définir, avec l'ensemble des acteurs concernés, un programme d'activité qui sera présenté, avec la stratégie, au Congrès Mondial des Aires Protégées (Durban, septembre 2003). Le principe de ce Programme Régional a reçu le soutien officiel du Conseil des Ministres des Pêches regroupés au sein de la Commission Sous-Régionale des Pêches - CSRP et où sont représentés les 6 pays inclus dans ce projet à savoir : la Mauritanie, le Sénégal, la Gambie, la Guinée-Bissau, la Guinée et le Cap Vert.

II. Principes de la réalisation d'un bilan régional de l'environnement côtier

Si l'intérêt d'un bilan de l'évolution de l'environnement côtier en Afrique de l'Ouest semble tout à fait évident, il faut souligner la nécessité de mener cette étude à l'échelle régionale car elle se situe à l'intersection entre les phénomènes globaux (climat, mondialisation) et locaux. Il faut donc avoir clairement à l'esprit le fait que le niveau d'analyse régionale est une échelle d'étude à part entière qui permet d'appréhender nombre de phénomènes à ce seul niveau scalaire, d'envisager la portée réelle de leurs extensions spatiales et de fonder la mise en œuvre de plans de gestion intégrés des zones côtières. Par ailleurs, le recul qu'apporte l'analyse à moyenne échelle spatiale (que l'on peut situer entre le 200 000ème et le 1 000 000ème, suivant le thème abordé) s'accompagne de la nécessité d'envisager une perspective temporelle suffisante pour qu'apparaissent des variations sensibles sur le plan du fonctionnement des milieux et de l'impact des réponses des sociétés humaines à l'évolution de ces milieux.

De façon schématique, on peut dire qu'à l'échelle locale, les changements sont perceptibles quasi instantanément mais qu'il est difficile d'en situer les causes réelles dans un schéma cohérent de fonctionnement des milieux. A l'inverse, l'échelle régionale facilite la description des géosystèmes côtiers en lissant les fortes variabilités locales par une certaine inertie temporelle des paysages qui peut s'étendre sur des durées allant de 20 à 50 ans.

Le niveau d'analyse régional doit donc être considéré comme un apport fondamental à la définition de projets et de politiques nationales de planification côtière en facilitant la prise en compte des milieux et des phénomènes dynamiques à leur véritable niveau d'extension spatiale et temporelle. Il facilite la maîtrise des relations spatiales, met en évidence les mécanismes d'interférences et la prise en compte de leurs conséquences lointaines, dans le temps et dans l'espace.

III. Approche méthodologique et problématique scientifique

De façon assez courante, les bilans et les analyses prospectives menés sur les écosystèmes côtiers tropicaux se fondent sur des modèles macro-économiques utilisant comme variables d'entrée les statistiques nationales disponibles. Ces analyses, fondées sur des modèles exogènes de développement, des paramètres statistiques peu fiables et/ou très lacunaires et des limites spatiales sans réelle coïncidence avec les milieux géographiques concernés, ne présentent que peu d'intérêt pour établir un diagnostic cohérent du fonctionnement de la zone côtière.

L'approche méthodologique qui est proposée se fonde sur la reconnaissance préalable d'ensembles géographiques régionaux présentant une réelle cohérence et prenant en compte les principales caractéristiques physiques, biologiques et humaines pour effectuer l'analyse pertinente des modes de fonctionnement et d'évolution du milieu et des réponses des sociétés humaines aux changements de l'environnement.

L'approche méthodologique qui est proposée se fonde sur la reconnaissance préalable d'ensembles géographiques régionaux présentant une réelle cohérence et prenant en compte les principales caractéristiques physiques, biologiques et humaines pour effectuer l'analyse pertinente des modes de fonctionnement et d'évolution du milieu et des réponses des sociétés humaines aux changements de l'environnement.

Pour cela, une première phase consisterait à réaliser une segmentation spatiale des ensembles littoraux ouest-africains, en prenant en compte leurs conditions sociales, physiques et biogéographiques, marines et continentales.

Une seconde phase serait consacrée à la description des actions dynamiques et de leurs variations au cours des dernières décennies, ainsi qu'à la description des systèmes d'usage et de leurs évolutions récentes. Sur la base de cette description des grands systèmes littoraux, plusieurs axes thématiques pourront ensuite être envisagés :

- description du fonctionnement du milieu physique (dynamique et circulation littorale)

- sensibilité des espèces littorales aux interactions Terre-Océan et à l'évolution des conditions physiques (interactions avec les peuplements benthiques et les biocénoses pélagiques, définitions des relations de dépendance entre les milieux côtiers et leurs fonctions spécifiques vis à vis des espèces végétales et animales)

- interactions hommes / milieux et réponses des sociétés aux changements de l'environnement (identification des acteurs de l'environnement littoral et analyse de leurs stratégies ; évaluation, perception et usages des milieux littoraux ; diversité des niveaux de décision et de gestion ; évolution des enjeux et conflits d'intérêts)

IV. Mise en œuvre

En novembre 1998, à l'occasion du colloque international sur les zones humides à Dakar, un séminaire a regroupé les principaux acteurs de ce projet et a fixé les principes définissant le cadre général de l'étude :

- L'échelle de restitution des résultats du projet se situe aux alentours du 500 000ème. Ce choix implique de "gommer" les variations à haute fréquence temporelle et spatiale pour s'attacher aux grandes tendances de l'évolution de l'environnement côtier. Par contre, les nécessités de l'analyse impliquent sans doute la prise en compte de différents niveaux scalaires, du local au global, afin d'analyser les causes du changement. On dissocie donc explicitement le niveau de l'analyse et celui de l'exploitation des résultats, en retenant que la recherche menée au niveau local doit fournir des résultats exploitables au niveau sous-régional

- La recherche sera menée selon une approche pluridisciplinaire. Cela signifie qu'il n'est pas question de mener des études disciplinaires en parallèle pour en fusionner ensuite les résultats, mais bien de définir en commun des objets pluridisciplinaires de recherche.

- La problématique de ce projet sera centrée sur les interactions nature/sociétés et plus particulièrement sur l'analyse des changements de l'environnement en fonction des usages, et des réponses des sociétés humaines aux changements constatés.

- Afin de faciliter la mise en œuvre du projet et simplifier les approches, une première segmentation de l'espace en grands ensembles homogènes est proposée. Elle vise a caractériser les grandes tendances du changement sur chacun de ces ensembles homogènes, de façon à dégager les grands traits des approches qui doivent être menées. Les trois ensembles retenus sont les côtes sableuses, les côtes à mangrove et les zones humides côtières. Bien entendu, il ne s'agit pas de compartimenter l'espace littoral, mais de volontairement simplifier les réflexions sur la problématique de chacun de ces ensembles.

Ce projet de recherche sera sous-tendu par un certain nombre de thèmes transversaux :

- Aspects spécifiques des changements à long terme en milieu insulaire,

- Apports structurants des côtes rocheuses pour l'évolution des paysages côtiers,

- Evolution des écosystèmes marins en fonction des changements d'usages,

- Impact des migrations humaines,

- Croissance urbaine et usages nouveaux,

- Evolution des infrastructures (transports, voies d'accès,…),

- Mondialisation de l'économie et impact de l'économie de marché (CFA),

- Rôle des aires marines protégées pour le développement durable de la pêche côtière.

Le cadre méthodologique du projet est le suivant :

- Etablir un inventaire des études réalisées (thèses, rapports, …) et de leur utilité pour le projet.

- Mobiliser l'ensemble des informations (statistiques, numériques, cartographiques, …) existant sur le littoral d'Afrique de l'Ouest. Il s'agit donc de valoriser l'existant et non de se lancer dans un projet d'acquisition de données nouvelles. Compte tenu du nombre d'organismes possédant des données (de tous types) et des aspects quelquefois stratégiques de ces données, il sera nécessaire de définir un cadre très précis pour l'échange des informations. Le principe proposé est celui de la réciprocité et du bénéfice mutuel. Les organismes qui fourniront des données devront systématiquement pouvoir en recueillir un bénéfice direct par la mise en forme et la normalisation de ces données en vue de leur exploitation numérique, et par l'accès à une base d'information commune selon des modalités préservant la propriété de chacun.

- Rendre ces données comparables et exploitables. Ce travail, long et difficile, est indispensable à la mise en perspective des informations pour la description des changements à long terme. Il imposera un effort d'homogénéisation des protocoles de mesures et des méthodes de normalisation pour pouvoir définir la qualité finale des bases de données (cohérence spatiale, exactitude, précision, exhaustivité, …).

Le montage technique du projet comporte les étapes suivantes :

- Identification des partenaires et de leur niveau d'engagement (Universités et Centres de recherche ouest-africains, IRD, CNRS, …) : cette étape a déjà été bien engagée et un premier atelier a réuni à Dakar les participants potentiels lors du colloque international sur les zones humides.

- Définition des modalités d'échanges de données (différents protocoles existent déjà en Afrique (CILSS), en Europe et au Etats-Unis)

- Expression des besoins de formations universitaires (DEA, thèses) et techniques (stages)

- Identification de partenaires finançant des programmes de recherche

- Rédaction d'un projet commun, établi sur la base des contributions de chaque organisme impliqué.

Ce projet doit nécessairement s'appuyer sur un centre de compétences et de formation pluridisciplinaire en Afrique de l'Ouest. Le LERG, Laboratoire d'Etude et de Recherche en Géomatique de l'Université de Dakar, commun aux facultés des Sciences, des lettres et de l'Environnement, ainsi qu'à La Météorologie Nationale, L'ISRA et l'IRD, pourrait jouer ce rôle.

( Pour plus d'informations, prendre contact avec l'Unité des Sciences Exactes et Naturelles du Bureau de l'UNESCO à Dakar.

Prendre contact avec le Docteur Achille OLLOY pour les observations et les échanges d'informations )


 
 

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