L'Education pour tous en 2015,
une chimère pour l'Afrique ?
Des
délégués à la conférence constitutive
du Forum des parlementaires africains pour l'Education, qui se tient
du 27 novembre au 6 décembre à Dar Es-Salaam, ont fait
le constat jeudi que l'objectif de l'Education pour tous (EPT) à
l'horizon 2015 en Afrique semble un peu trop ambitieux pour beaucoup
de pays.
Les pas réalisés dans cette direction sont compromis par
la pauvreté et la pandémie du VIH/SIDA, ont-ils dit en
substance devant le forum.
Le directeur du Bureau régional pour l'Education en Afrique (BREDA),
M. Armoogum Parsuramen, a déclaré au cours de la rencontre
que l'Afrique reste du mauvais côté de la fracture mondiale.
"Les gouvernements ont la responsabilité de fournir une
éducation primaire gratuite et ils ne doivent pas s'y soustraire",
a-t-il encore affirmé.
La conférence de cinq jours, qui se tient en prélude à
la 8è Conférence des ministres africains de l'Education
(MINEDAF VIII), a réuni des participants de 47 Parlements africains.
"L'Afrique à elle seule requiert à peu près
la moitié des besoins mondiaux en places supplémentaires
dans les écoles (...) Il faudra créer 80 millions de nouvelles
places dans l'enseignement primaire si l'Afrique veut réaliser
l'objectif de l'EPT avant l'an 2015", a indiqué M. Parsuramen.
Dans les pays connaissant la situation la plus difficile, a-t-il précisé,
10% des enseignants mourront dans les cinq prochaines années
et le nombre d'orphelins du VIH/SIDA va croître à plus
de 20% de tous les enfants en âge scolaire.
Pour sa part, le Premier ministre tanzanien, M. Frederick Sumaye, a
attribué la modestie des réalisations enregistrées
dans les efforts visant à atteindre l'objectif de l'éducation
universelle
à la pauvreté, à l'important taux de mortalité
infantile et au fort taux d'analphabétisme des parents.
Selon M. Parsuramen, la pauvreté est "un rappel poignant
et brutal de la grande tâche qui nous attend".
Pour illustrer la manière dont la pauvreté a contribué
au faible développement enregistré dans le domaine des
technologies de l'information, il a indiqué que "75% des
Africains n'ont jamais
utilisé le téléphone, 1% seulement de la population
africaine a un accès direct au téléphone, 80% de
ces privilégiés vivent en Afrique du Sud".
"Jusqu'à quand l'Afrique demeurera-t-elle du mauvais côté
de la fracture numérique ?", s'est-il interrogé.
"L'analphabétisme reste un obstacle à la renaissance
de l'Afrique, seuls dix pays africains ayant réussi à
instaurer l'éducation universelle. La discrimination fondée
sur le genre reste une réalité: 56% des 41 millions d'analphabètes
sont des filles et 44% d'entre eux des garçons", a relevé
M. Parsuramen.
Cependant, a-t-il noté, ce n'est pas seulement en adoptant de
nouvelles lois que nous pourrons résoudre les problèmes
en suspens, "il faut un certain degré d'engagement".
Dar Es-Salaam - 28/11/2002
Par Tervil Okoko
Correspondant de la PANA