Message de Son Excellence Abdelaziz
BOUTEFLIKA Président de la République Algérienne
Démocratique et Populaire
Monsieur le Président,
Monsieur le Directeur Général de l'UNESCO,
Mesdames et Messieurs les Ministres,
Excellences,
Mesdames, Messieurs,
N'ayant pu, à mon grand regret, participer personnellement à
votre conférence, je voudrais tout de même vous dire tout
l'intérêt que je porte à vos travaux, car le domaine
de l'Education est d'une importance vitale pour nos pays et pour l'ensemble
du continent africain.
Deux ans après le Forum de Dakar et une année après
le lancement du NEPAD, les organisateurs de MINEDAF VIII ont opportunément
retenu comme thème de votre conférence: " Relever
le défi de l'Education en Afrique: de l'engagement à l'action.
Contribution au nouveau Partenariat pour le Développement de
l' Afrique ".
En effet, il est essentiel que soit adoptée une approche mieux
coordonnée dans l'appui aux systèmes éducatifs
de notre continent et, à cet effet, il est nécessaire
d'actualiser ou de reformuler nos plans d'Education Pour Tous, pour
être complètement en conformité avec les objectifs
de Dakar et les ambitions du NEPAD qui, comme vous le savez, donne la
priorité au Développement Humain dans sa triple dimension:
la Lutte contre la pauvreté, l'Education et la Santé.
Au moment même où le reste du monde connaît globalement
une croissance économique remarquable et entre de plain-pied
dans la mondialisation, notre continent est resté à la
périphérie des progrès accomplis.
Il demeure confronté à sa triste réalité
quotidienne faite de près de 350 millions d'hommes et de femmes
vivant au-dessous du seuil de pauvreté, du taux de mortalité
infantile le plus élevé dans le monde, d'une espérance
de vie à la naissance de seulement 54 ans, d'un manque d'eau
potable et d'un taux d'analphabétisme de 41 % chez les personnes
âgées de plus de 15 ans.
Il demeure, de plus, déchiré par des conflits inter- ethniques
et ravagé par les maladies.
L'Afrique est la seule grande région du monde où l'investissement
et l'épargne sont en régression et où l'aide publique
au développement en nette diminution.
L'état actuel de l'Afrique n'est pourtant pas une fatalité
inscrite dans un déterminisme historique inexorable. Nous sommes
convaincus qu'il n'appartient qu'aux Africains de croire, individuellement
et collectivement, en leur avenir et de s'approprier leur destin.
C'est là précisément un principe fondateur de la
philosophie du Nouveau Partenariat pour le Développement de l'Afrique.
Le NEPAD est une démarche novatrice, basée sur une vision
commune et une conviction partagée par les dirigeants africains,
qui a pour objectif ultime de résorber, dans le court terme,
les écarts qui séparent, dans des domaines fondamentaux,
notre continent du monde développé.
Il rompt avec l'ancienne approche essentiellement sous-tendue par la
logique du couple crédit-aide, dont chacun des termes a montré
amplement ses limites.
Le Nouveau Partenariat pour le Développement de l'Afrique s'est
fixé un certain nombre de priorités cardinales, au centre
desquelles se trouvent l'éducation, la santé et la lutte
contre la pauvreté. Car nous savons tous en effet aujourd'hui
que le seul le développement durable est celui réalisé
par l'homme pour l'homme dans toute la plénitude de l'acceptation
de ce terme.
Je commencerai par l'éducation, parce que je suis convaincu qu'elle
est l'un des facteurs qui déterminent la croissance économique
et qu'elle constitue, de ce fait, un investissement des plus sûrs.
Les dépenses que nous consentons aujourd'hui pour l'éducation
se révèleront, à plus ou moins long terme, bien
moindres que celles que nous serions forcés un jour de faire
pour combattre le cortège de fléaux drainés par
l'ignorance. Plus que jamais, la formation des hommes et des femmes
devient une nécessité impérieuse pour toutes les
nations qui ne se résolvent pas à être en marge
du monde moderne.
En votre qualité de Ministres de l'Education, vous êtes
mieux placés que quiconque pour apprécier, à leur
juste portée, ces réalités.
Assurer une formation de base à l'ensemble des enfants en âge
scolaire, élargir l'accès aux cycles secondaire et supérieur,
sont les toutes premières priorités du NEPAD, rejoignant
en cela les objectifs du Forum de Dakar d'avril 2000.
Le bilan de l'Education Pour Tous tend malheureusement à démontrer
que les systèmes éducatifs africains, dans leur ensemble,
ne sont pas suffisamment performants, tant au plan quantitatif qu'au
plan qualitatif.
Malgré les efforts consentis par les Etats et la part importante
de leur PNB qu'ils consacrent à l'éducation, l'Afrique
est encore bien loin de la généralisation de l'éducation
et une frange de plus en plus importante de ses enfants en âge
d'être scolarisés, ne le sont pas.
De plus, il apparaît dans tous les cas, que les filles ne bénéficient
pas des mêmes chances d'accès à l'école que
les garçons.
Il en découle que chaque Etat africain devrait veiller à
rendre obligatoire pour tous, sans distinction de sexes, cette formation
de base qui est d'abord une formation à la citoyenneté,
pour satisfaire aux exigences d'un contexte moderne où aucun
pays ne peut plus vivre en autarcie. Des bailleurs de fonds nous ont
assurés qu'aucun pays africain ayant pris un engagement sérieux
en faveur de l'Education Pour Tous ne verra ses efforts contrariés
par manque de ressources, et cette assurance a été rappelée
par Monsieur KOÏCHIRO MATSUURA à l'occasion des Entretiens
du XXI ème siècle organisés récemment par
l'UNESCO .
Nous en prenons bonne note, trouvant en cela le meilleur encouragement
que nous puissions espérer pour envisager des programmes ambitieux
de scolarisation.
L'Ecole africaine que nous souhaitons doit être novatrice dans
sa pédagogie, résolument tournée vers l'avenir
dans ses contenus d'enseignement et efficace dans son mode de gestion.
Nos politiques éducatives devraient avoir comme finalité
de permettre à chaque élève d'atteindre le plein
épanouissement de sa personnalité, compte tenu de ses
potentialités propres, par le biais d'une diversification étudiée
des parcours de formation.
Ainsi la formation professionnelle et technique ne doit plus être
considérée comme un simple appendice de l'enseignement
général, mais elle doit avoir sa finalité propre,
en complémentarité avec la formation générale.
Au delà du fait que cette formation constitue, comme le rappellent
les résolutions de l'UNESCO, " deux aspects du processus
éducatif qui, en plus d'une instruction générale,
impliquent l'étude des techniques et des sciences connexes et
l'acquisition de capacités pratiques, d'attitudes, d'une compréhension
et de connaissances en rapport avec les professions de divers secteurs
de la vie économique et sociale ", elle répond dans
nos pays à une attente sociale réelle, et mérite,
à ce titre, d'être plus valorisée.
Nul doute que dans le monde moderne , l'acquisition et la maîtrise
de nouveaux savoirs et de savoir-faire sont un enjeu central dans les
stratégies de développement des pays.
Le continent africain ne peut se permettre d'être en reste, s'il
veut accéder à la société de la connaissance
et du savoir.
Il doit pour cela mobiliser toutes ses potentialités. Aussi,
le NEPAD a-t-il retenu, parmi ses priorités, dans le cadre du
développement humain, la création de centres d'excellence
et le maintien des compétences africaines sur le sol africain
pour l'amélioration qualitative de l'enseignement supérieur
dont l'une des missions est la formation des élites, si nécessaires
au développement de nos pays .
S'il peut paraître ambitieux, et peut-être irréaliste,
d'inverser le sens actuel de l'exode des cerveaux, du moins pourrions-nous
essayer d'en ralentir le mouvement, par la création de conditions
locales plus attractives.
La création de centres d'excellence régionaux dans des
domaines précis, avec des conditions matériellement avantageuses,
nous semble un premier pas dans ce sens.
Outre le fait qu'elle permettra de pourvoir le continent en cadres hautement
qualifiés, susceptibles de conduire les changements sociaux escomptés,
elle permettra sans doute d'attirer certains de nos cadres établi
hors du continent et de les fixer sur le sol africain et aussi de retenir
en Afrique le plus grand nombre possible de nos jeunes diplômés.
Il reste à déterminer les lieux d'implantation de ces
Centres ainsi que les critères de leur recrutement et les modalités
de leur fonctionnement .
Quoi qu'il en soit, il est primordial que l'Afrique définisse
une politique qui lui permette de tirer profit de ses cadres a l'étranger
et de ses élites intellectuelles qui auront incontestablement
un rôle primordial dans le développement de notre continent
.
La pédagogie de qualité qu'il nous appartient de mettre
en place devra être conçue comme une fonction sociale,
et en tant que telle, elle ne saurait être posée uniquement
en termes de savoirs, de savoir-faire ou de dispositions psychologiques
au métier d'enseignant.
Ce qui veut dire que nous devons accorder toute l'attention requise
au statut de l'enseignant à quelque palier qu'il exerce, car
cette question n'est pas seulement syndicale, elle est aussi fondamentalement
pédagogique.
Une éducation de base de qualité, généralisée
à l'ensemble des enfants en âge de scolarisation, est certes
une condition fondamentale d'un développement durable, mais les
bienfaits de l'éducation ne sont pas immédiatement perceptibles.
Ils n'apparaissent que dans le long terme.
Le constat est que, au même moment où l'Afrique doit relever
le défi de l'Education Pour Tous, elle reste un terrain propice
à la propagation de graves maladies endémiques comme la
tuberculose, le paludisme et particulièrement le VIH / Sida.
Cette situation nous interpelle, nous Africains, quotidiennement. l'Afrique
attend de ses dirigeants des solutions immédiates à sa
pauvreté et à l'état de santé de ses citoyens.
Une approche globale de la problématique de la santé et
de l'éducation en Afrique est nécessaire. Pour cela, il
devient urgent de mettre en adéquation les systèmes d'éducation
et de santé.
C'est un véritable plan de sauvetage que préconise le
NEPAD pour répondre efficacement aux défis que posent
la tuberculose, le paludisme et le SIDA.
Ce plan s'articule bien évidemment autour des facilités
d'accès aux soins et traitements existants, du renforcement des
capacités des systèmes de santé publique, mais
aussi autour de la mise en uvre de programmes de prévention
s'appuyant sur l'éducation à la santé, en faveur
du maître et de l'élève.
L'éducation à la santé devrait figurer dans les
contenus des enseignements et plus particulièrement, dans les
cursus de formation des maîtres .
Ces nouvelles politiques éducatives et sanitaires resteraient
inopérantes sans une politique de lutte contre la pauvreté
.
L'UNESCO constate pour l'année 2001 que 40 millions d'enfants
africains, parmi lesquels 60% de filles, déjà en proie
à une faim chronique, n'ont pas accès à l'école.
Il est bien évident que la réduction de la pauvreté
reste tributaire d'une croissance forte et durable des économies
africaines .
Cette évidence est accompagnée d'un constat: sur la
base de données actuelles, l' Afrique ne pourra atteindre l'objectif
de réduction de la pauvreté par la seule grâce de
l'aide publique au développement.
Le projet de programme - cadre du NEPAD sur le Développement
Humain préconise à cet effet, en complément aux
investissements nationaux et internationaux directs, des politiques
spécifiques de réduction de la pauvreté encourageant
les initiatives communautaires, et notamment les Projets de Développement
Communautaires, le micro - financement et le micro - crédit,
la micro - entreprise, le crédit rural, les grands travaux à
forte densité de main-d'uvre, toutes mesures qui donneront
aux Africains les plus pauvres les moyens de vivre dans la dignité
.
L'Ecole africaine de son côté, doit inclure dans les objectifs
de l'Education Pour Tous, des programmes d'alimentation scolaire permettant
aux enfants africains, garçons et filles, de bénéficier
d'une éducation tout en améliorant leur état nutritionnel.
Conjointement avec le Programme Alimentaire Mondial, le NEPAD envisage
d'élargir le programme d'alimentation scolaire, par la multiplication
des cantines scolaires.
De nouveaux partenariats avec d'autres organisations et agences des
Nations - Unies et des ONG ayant compétence dans le domaine sont
également envisagés, en appui à ce programme .
L'Afrique qui compte d'abord sur la rationalisation de l'utilisation
de ses ressources propres pour son Développement Durable, a reçu
l'assurance de l'appui multiforme de la part des organisations internationales
du système des Nations-Unies et de la part de nombreux pays développés,
notamment ceux du G8 et de l'Union Européenne.
A notre continent de se montrer convaincant, et d'être à
la hauteur des exigences de ses propres ambitions pour réussir
son entrée dans le millénaire qui commence, dans la paix
retrouvée, car la paix est la condition sine qua non de
tout développement durable .
Je vous souhaite plein succès dans vos travaux .