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BREDA Bureau régional de l'UNESCO pour l'éducation en Afrique
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Qu'est-ce que l'UNESCO

Conférence des Ministres de l’Education en Afrique
(MINEDAF VIII)

Dar-es-Salaam, Tanzanie, du 2 au 6 décembre 2002

Message de Son Excellence Abdelaziz BOUTEFLIKA Président de la République Algérienne Démocratique et Populaire

Monsieur le Président,

Monsieur le Directeur Général de l'UNESCO,

Mesdames et Messieurs les Ministres,

Excellences,

Mesdames, Messieurs,

N'ayant pu, à mon grand regret, participer personnellement à votre conférence, je voudrais tout de même vous dire tout l'intérêt que je porte à vos travaux, car le domaine de l'Education est d'une importance vitale pour nos pays et pour l'ensemble du continent africain.

Deux ans après le Forum de Dakar et une année après le lancement du NEPAD, les organisateurs de MINEDAF VIII ont opportunément retenu comme thème de votre conférence: " Relever le défi de l'Education en Afrique: de l'engagement à l'action. Contribution au nouveau Partenariat pour le Développement de l' Afrique ".

En effet, il est essentiel que soit adoptée une approche mieux coordonnée dans l'appui aux systèmes éducatifs de notre continent et, à cet effet, il est nécessaire d'actualiser ou de reformuler nos plans d'Education Pour Tous, pour être complètement en conformité avec les objectifs de Dakar et les ambitions du NEPAD qui, comme vous le savez, donne la priorité au Développement Humain dans sa triple dimension: la Lutte contre la pauvreté, l'Education et la Santé.

Au moment même où le reste du monde connaît globalement une croissance économique remarquable et entre de plain-pied dans la mondialisation, notre continent est resté à la périphérie des progrès accomplis.
Il demeure confronté à sa triste réalité quotidienne faite de près de 350 millions d'hommes et de femmes vivant au-dessous du seuil de pauvreté, du taux de mortalité infantile le plus élevé dans le monde, d'une espérance de vie à la naissance de seulement 54 ans, d'un manque d'eau potable et d'un taux d'analphabétisme de 41 % chez les personnes âgées de plus de 15 ans.
Il demeure, de plus, déchiré par des conflits inter- ethniques et ravagé par les maladies.

L'Afrique est la seule grande région du monde où l'investissement et l'épargne sont en régression et où l'aide publique au développement en nette diminution.

L'état actuel de l'Afrique n'est pourtant pas une fatalité inscrite dans un déterminisme historique inexorable. Nous sommes convaincus qu'il n'appartient qu'aux Africains de croire, individuellement et collectivement, en leur avenir et de s'approprier leur destin.
C'est là précisément un principe fondateur de la philosophie du Nouveau Partenariat pour le Développement de l'Afrique.
Le NEPAD est une démarche novatrice, basée sur une vision commune et une conviction partagée par les dirigeants africains, qui a pour objectif ultime de résorber, dans le court terme, les écarts qui séparent, dans des domaines fondamentaux, notre continent du monde développé.
Il rompt avec l'ancienne approche essentiellement sous-tendue par la logique du couple crédit-aide, dont chacun des termes a montré amplement ses limites.

Le Nouveau Partenariat pour le Développement de l'Afrique s'est fixé un certain nombre de priorités cardinales, au centre desquelles se trouvent l'éducation, la santé et la lutte contre la pauvreté. Car nous savons tous en effet aujourd'hui que le seul le développement durable est celui réalisé par l'homme pour l'homme dans toute la plénitude de l'acceptation de ce terme.

Je commencerai par l'éducation, parce que je suis convaincu qu'elle est l'un des facteurs qui déterminent la croissance économique et qu'elle constitue, de ce fait, un investissement des plus sûrs.
Les dépenses que nous consentons aujourd'hui pour l'éducation se révèleront, à plus ou moins long terme, bien moindres que celles que nous serions forcés un jour de faire pour combattre le cortège de fléaux drainés par l'ignorance. Plus que jamais, la formation des hommes et des femmes devient une nécessité impérieuse pour toutes les nations qui ne se résolvent pas à être en marge du monde moderne.

En votre qualité de Ministres de l'Education, vous êtes mieux placés que quiconque pour apprécier, à leur juste portée, ces réalités.

Assurer une formation de base à l'ensemble des enfants en âge scolaire, élargir l'accès aux cycles secondaire et supérieur, sont les toutes premières priorités du NEPAD, rejoignant en cela les objectifs du Forum de Dakar d'avril 2000.

Le bilan de l'Education Pour Tous tend malheureusement à démontrer que les systèmes éducatifs africains, dans leur ensemble, ne sont pas suffisamment performants, tant au plan quantitatif qu'au plan qualitatif.

Malgré les efforts consentis par les Etats et la part importante de leur PNB qu'ils consacrent à l'éducation, l'Afrique est encore bien loin de la généralisation de l'éducation et une frange de plus en plus importante de ses enfants en âge d'être scolarisés, ne le sont pas.
De plus, il apparaît dans tous les cas, que les filles ne bénéficient pas des mêmes chances d'accès à l'école que les garçons.

Il en découle que chaque Etat africain devrait veiller à rendre obligatoire pour tous, sans distinction de sexes, cette formation de base qui est d'abord une formation à la citoyenneté, pour satisfaire aux exigences d'un contexte moderne où aucun pays ne peut plus vivre en autarcie. Des bailleurs de fonds nous ont assurés qu'aucun pays africain ayant pris un engagement sérieux en faveur de l'Education Pour Tous ne verra ses efforts contrariés par manque de ressources, et cette assurance a été rappelée par Monsieur KOÏCHIRO MATSUURA à l'occasion des Entretiens du XXI ème siècle organisés récemment par l'UNESCO .
Nous en prenons bonne note, trouvant en cela le meilleur encouragement que nous puissions espérer pour envisager des programmes ambitieux de scolarisation.

L'Ecole africaine que nous souhaitons doit être novatrice dans sa pédagogie, résolument tournée vers l'avenir dans ses contenus d'enseignement et efficace dans son mode de gestion.

Nos politiques éducatives devraient avoir comme finalité de permettre à chaque élève d'atteindre le plein épanouissement de sa personnalité, compte tenu de ses potentialités propres, par le biais d'une diversification étudiée des parcours de formation.

Ainsi la formation professionnelle et technique ne doit plus être considérée comme un simple appendice de l'enseignement général, mais elle doit avoir sa finalité propre, en complémentarité avec la formation générale.
Au delà du fait que cette formation constitue, comme le rappellent les résolutions de l'UNESCO, " deux aspects du processus éducatif qui, en plus d'une instruction générale, impliquent l'étude des techniques et des sciences connexes et l'acquisition de capacités pratiques, d'attitudes, d'une compréhension et de connaissances en rapport avec les professions de divers secteurs de la vie économique et sociale ", elle répond dans nos pays à une attente sociale réelle, et mérite, à ce titre, d'être plus valorisée.

Nul doute que dans le monde moderne , l'acquisition et la maîtrise de nouveaux savoirs et de savoir-faire sont un enjeu central dans les stratégies de développement des pays.
Le continent africain ne peut se permettre d'être en reste, s'il veut accéder à la société de la connaissance et du savoir.
Il doit pour cela mobiliser toutes ses potentialités. Aussi, le NEPAD a-t-il retenu, parmi ses priorités, dans le cadre du développement humain, la création de centres d'excellence et le maintien des compétences africaines sur le sol africain pour l'amélioration qualitative de l'enseignement supérieur dont l'une des missions est la formation des élites, si nécessaires au développement de nos pays .

S'il peut paraître ambitieux, et peut-être irréaliste, d'inverser le sens actuel de l'exode des cerveaux, du moins pourrions-nous essayer d'en ralentir le mouvement, par la création de conditions locales plus attractives.
La création de centres d'excellence régionaux dans des domaines précis, avec des conditions matériellement avantageuses, nous semble un premier pas dans ce sens.
Outre le fait qu'elle permettra de pourvoir le continent en cadres hautement qualifiés, susceptibles de conduire les changements sociaux escomptés, elle permettra sans doute d'attirer certains de nos cadres établi hors du continent et de les fixer sur le sol africain et aussi de retenir en Afrique le plus grand nombre possible de nos jeunes diplômés.
Il reste à déterminer les lieux d'implantation de ces Centres ainsi que les critères de leur recrutement et les modalités de leur fonctionnement .

Quoi qu'il en soit, il est primordial que l'Afrique définisse une politique qui lui permette de tirer profit de ses cadres a l'étranger et de ses élites intellectuelles qui auront incontestablement un rôle primordial dans le développement de notre continent .

La pédagogie de qualité qu'il nous appartient de mettre en place devra être conçue comme une fonction sociale, et en tant que telle, elle ne saurait être posée uniquement en termes de savoirs, de savoir-faire ou de dispositions psychologiques au métier d'enseignant.
Ce qui veut dire que nous devons accorder toute l'attention requise au statut de l'enseignant à quelque palier qu'il exerce, car cette question n'est pas seulement syndicale, elle est aussi fondamentalement pédagogique.

Une éducation de base de qualité, généralisée à l'ensemble des enfants en âge de scolarisation, est certes une condition fondamentale d'un développement durable, mais les bienfaits de l'éducation ne sont pas immédiatement perceptibles. Ils n'apparaissent que dans le long terme.

Le constat est que, au même moment où l'Afrique doit relever le défi de l'Education Pour Tous, elle reste un terrain propice à la propagation de graves maladies endémiques comme la tuberculose, le paludisme et particulièrement le VIH / Sida.

Cette situation nous interpelle, nous Africains, quotidiennement. l'Afrique attend de ses dirigeants des solutions immédiates à sa pauvreté et à l'état de santé de ses citoyens.

Une approche globale de la problématique de la santé et de l'éducation en Afrique est nécessaire. Pour cela, il devient urgent de mettre en adéquation les systèmes d'éducation et de santé.

C'est un véritable plan de sauvetage que préconise le NEPAD pour répondre efficacement aux défis que posent la tuberculose, le paludisme et le SIDA.
Ce plan s'articule bien évidemment autour des facilités d'accès aux soins et traitements existants, du renforcement des capacités des systèmes de santé publique, mais aussi autour de la mise en œuvre de programmes de prévention s'appuyant sur l'éducation à la santé, en faveur du maître et de l'élève.
L'éducation à la santé devrait figurer dans les contenus des enseignements et plus particulièrement, dans les cursus de formation des maîtres .

Ces nouvelles politiques éducatives et sanitaires resteraient inopérantes sans une politique de lutte contre la pauvreté .

L'UNESCO constate pour l'année 2001 que 40 millions d'enfants africains, parmi lesquels 60% de filles, déjà en proie à une faim chronique, n'ont pas accès à l'école.

Il est bien évident que la réduction de la pauvreté reste tributaire d'une croissance forte et durable des économies africaines .
Cette évidence est accompagnée d'un constat: sur la base de données actuelles, l' Afrique ne pourra atteindre l'objectif de réduction de la pauvreté par la seule grâce de l'aide publique au développement.
Le projet de programme - cadre du NEPAD sur le Développement Humain préconise à cet effet, en complément aux investissements nationaux et internationaux directs, des politiques spécifiques de réduction de la pauvreté encourageant les initiatives communautaires, et notamment les Projets de Développement Communautaires, le micro - financement et le micro - crédit, la micro - entreprise, le crédit rural, les grands travaux à forte densité de main-d'œuvre, toutes mesures qui donneront aux Africains les plus pauvres les moyens de vivre dans la dignité .

L'Ecole africaine de son côté, doit inclure dans les objectifs de l'Education Pour Tous, des programmes d'alimentation scolaire permettant aux enfants africains, garçons et filles, de bénéficier d'une éducation tout en améliorant leur état nutritionnel.

Conjointement avec le Programme Alimentaire Mondial, le NEPAD envisage d'élargir le programme d'alimentation scolaire, par la multiplication des cantines scolaires.
De nouveaux partenariats avec d'autres organisations et agences des Nations - Unies et des ONG ayant compétence dans le domaine sont également envisagés, en appui à ce programme .

L'Afrique qui compte d'abord sur la rationalisation de l'utilisation de ses ressources propres pour son Développement Durable, a reçu l'assurance de l'appui multiforme de la part des organisations internationales du système des Nations-Unies et de la part de nombreux pays développés, notamment ceux du G8 et de l'Union Européenne.

A notre continent de se montrer convaincant, et d'être à la hauteur des exigences de ses propres ambitions pour réussir son entrée dans le millénaire qui commence, dans la paix retrouvée, car la paix est la condition sine qua non de tout développement durable .

Je vous souhaite plein succès dans vos travaux .

   
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