Allocution de M. Amara Essy
Président de la Commission de l'Union africaine à l'ouverture
de la VIIIè Conférence des Ministres Africains de l'Education
Monsieur le Président de la République
Monsieur le Directeur général de l'UNESCO
Mesdames Messieurs les Ministres Mesdames Messieurs
C'est pour moi un honneur et un agréable devoir de participer
à ces assises et de prendre la parole devant cette auguste assemblée
de sommités et d'éminentes personnalités du monde
de l'éducation.
La Commission de l'Union africaine à toutes les raisons de se
féliciter que cette importante conférence de l'UNESCO
se tienne ici, en République de Tanzanie, en cette année
2002, 41 ans après la première réunion des Ministres
africains de l'éducation convoquée également par
l'UNESCO en 1961 à Addis Abéba.
Malgré les problèmes multiples qui mobilisent les responsables
du continent, il me fallait inscrire vos assises sur l'éducation
en Afrique, dans l'ordre de mes priorités.
J'ai fait ce choix parce qu'en vérité, parmi toutes les
organisations du système des Nations Unies, l'Organisation des
Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture à
occupé et occupera encore dans le destin de l'Afrique, une place
particulièrement importante.
L'UNESCO est, en effet, l'une des toutes premières organisations
à intervenir en Afrique, dès sa création et dès
la naissance des nouveaux Etats africains dans des domaines stratégiques
sensibles.
La première conférence des Ministres africains de l'Education
tenue en 1961 en Addis Abéba que j'évoquais tout à
1 'heure en témoigne.
Très tôt, l'UNESCO a ainsi fourni aux peuples africains,
les armes de combat pour la libération culturelle qui accompagne
et complète nécessairement toute lutte de libération
authentique. Elle s'est impliquée pleinement dans l'aide aux
mouvements de libération à travers des bourses d'étude
et des programmes d'éducation et de formation.
Elle est aussi la première organisation du système des
Nations Unies a accepter, c'est le mot, d'avoir à sa tête,
à l'époque, un africain, le Sénégalais Amadou
Mahtar MBow.
Je citerai également au nombre de ses réalisations majeures,
la rédaction de l'Histoire générale de l'Afrique,
la création du Département " Priorité Afrique
" ou encore le renforcement de la PANA, l'agence panafricaine d'information.
C'est dire qu'en ces années héroïques, la complémentarité
de l'action de l'OUA et de l'UNESCO était parfait: l'OUA à
travers son action propre et celle de ses comités de libération
travaillait aux aspects politiques de la libération des pays
africains, quand l'UNESCO portait son action sur les aspects intellectuels
de la libération des mêmes pays africains.
Il se trouve par ailleurs que c'est la Tanzanie du Président
Julius Nyerere qui abrite aujourd'hui votre conférence. Or la
Tanzanie était aussi le principal sanctuaire des mouvements africains
et des actions militaires de libération du continent.
C'est donc autant la reconnaissance et la gratitude pour l'action historique
de l'UNESCO, que les défis nombreux et urgents de l'éducation
et du développement en Afrique d'aujourd'hui, qui nécessite
que nous ayons l'UNESCO constamment à nos côtés.
Ce sont les deux raisons qui motivent, à part égale ma
présence ici.
Monsieur le Directeur général
Mesdames Messieurs les Ministres
Mesdames Messieurs les experts,
Deux ans après le Forum Mondial de Dakar, vous avez décidé,
fort opportunément de placer votre huitième conférence
sous le thème: " Relever les défis de l'éducation
en Afrique Des engagements aux actes " Ce faisant, vous avez
voulu impliquer directement, les décideurs africains au plus
haut niveau, en précisant que votre démarche s'inscrit
dans le cadre des initiatives majeures prises récemment par ces
décideurs, à savoir, l'Union africaine et le NEPAD.
J'ai reçu la mission de traduire, au niveau des structures, la
réalité de l'Union. Je compte bien sur l'UNESCO et sur
tous les partenaires concernés pour aider à renforcer
les ressources humaines et les capacités de la Commission que
je suis entrain de m'efforcer actuellement de mettre sur pied. Je compte
également sur l'UNESCO pour aider à rendre opérationnels,
les comités techniques spécialisés de l'Union qui
relèvent de ses domaines de compétence.
Tout comme les travaux de la future Commission économique sociale
et culturelle, (ECOSOCC) de l'Union, bénéficieront sans
nul doute de l'apport de l'UNESCO.
Enfin, vous le savez tous, l'Union ne s'instaure pas par décret:
il y faut, des actions continues de sensibilisation pour susciter, l'adhésion
et la participation des populations, à travers l'information,
l'éducation et l'action culturelle.
Le NEPAD qui est un programme de l'Union africaine met, quant à
lui, un accent tout particulier sur le développement des ressources
humaines et surtout sur l'éducation et la formation. Je voudrais
à cet égard me faire l'écho, ici, des interventions
de S.E.M. le Président Aboudlaye Wade et de M. Kofi Annan au
Forum mondial de Dakar.
Ils demandaient à la communauté internationale de réduire
les études au profit de l'action sur le terrain, d'une part,
et de consacrer un effort tout particulier en faveur de l'éducation
des femmes, d'autre part.
Il revient, en tout état de cause, à toute l'expertise
disponible, de proposer à l'Union africaine, une stratégie
exhaustive de mise en oeuvre du volet éducation. Il y a deux
ou trois points qu'il me semble important d'intégrer dans ce
volet du NEPAD.
Il y a d'abord le problème de la fuite des cerveaux qui me semble,
particulièrement préoccupant. Nous ne savons pas trop
quelles mesures pertinentes et efficaces il faudrait prendre, pour retenir
nos cadres hautement qualifiés sur lesquels nous avons tant investis,
mais qui, faute d'un environnement adéquat qui les motive et
les retienne, sont aspirés par les conditions plus favorables
qui leurs sont offertes dans les pays déjà autrement plus
développés.
Les nouvelles technologies de l'information et de la communication constitueront
également sans nul doute une composante stratégique importante
du NEP AD car l'Afrique a grandement besoin de toute la connaissance
produite par la société de savoir.
C'est dire que tout au long de la mise en chantier des deux grands projets
majeurs, l'Afrique aura besoin des ressources intellectuelles et scientifiques
de l'UNESCO et des autres partenaires de l'éducation.
Monsieur le Président
Monsieur le Directeur général
Mesdames Messieurs les Ministres
Mesdames, Messieurs
Au chevet de l'école africaine, les parties prenantes et les
partenaires sont nombreux, chacun avec sa mission, ses objectifs ses
priorités, ses stratégies, et ses moyens. Chacun a ses
avantages comparatifs, ses atouts et ses faibles aussi.
Pour sa part, l'OUA a adopté une Décennie de l'éducation
en Afrique, pour la période 1997-2006. L'Union africaine a hérité
de cette Décennie. Le programme d'action est articulé
en un certain nombre d'axes prioritaires qui rejoignent, pour l'essentiel,
ceux du programme africain du Forum mondial sur l'éducation.
Nous nous efforcerons de mettre en oeuvre ces axes, dans la mesure où
les nombreuses autres surpriorités du continent nous en laissent
la possibilité. Mais plus qu'une action directe, certainement
que l'Union africaine recherchera et construira plutôt un certain
nombre de partenariats stratégiques pour que ce programme d'action
se traduise en actes sur le terrain. Au besoin, une deuxième
décennie sera lancée.
Mais l'engagement que je voudrais confirmer ici, c'est que, s'agissant
de l'éducation en général, du programme africain
EPT, ou de la Décennie de l'éducation en particulier,
nous voudrions nous efforcer d'identifier clairement les avantages comparatifs
les plus évidentes, les plus indéniables de l'Union africaine,
et les actions les plus pertinentes qu'elle devra à mener avec
le plus de chance de succès et d'impact.
A cet égard, je voudrais réaffirmer que l'Union africaine
est décidée à prendre sa part de responsabilité
surtout, dans la mobilisation pour la mise en oeuvre des engagements
politiques pris par les responsables africains.
Nous avons pour cela l'avantage de pouvoir cibler les chefs d'Etat et
de gouvernement, les ministres chargés des Finances, ceux de
la Planification et du Développement, ceux chargés de
l'Education aussi, les honorables députés, bref, les plus
hautes personnalités de l'Etat et les notables de l'opinion,
ainsi que les responsables des principales agences africaines et internationales
chargées des questions de développement.
Nous identifierons avec l'expertise abondamment représentée
ici, les thèmes de mobilisation à privilégier,
et les stratégies les plus appropriées à développer.
Dans cette perspective, l'axe central des stratégies de l'Union
africaine sera, désormais, de contribuer à une vision
prospective, qui articule l'éducation aux autres secteurs d'activités.
Il faudra ensuite développer conséquemment le dialogue
politique indispensable, et entreprendre des actions de plaidoyer, de
sensibilisation, de mobilisation, de concertation et d 'harmonisation.
Ces initiatives de dialogue sur les politiques éducatives et
les actions de sensibilisation et de plaidoyer porteront à titre
principal sur des thèmes tels que, l'augmentation des ressources,
la conversion de la dette, la réduction des dépenses militaires,
l'éducation des filles, des femmes et des populations défavorisées,
la place des langues africaines dans l'enseignement, l'utilisation des
nouvelles technologies de l'information et de la communication pour
élargir l'accès à l'éducation etc.
La régionalisation de certains centres de formation ou de recherche
et leur transformation en centres d'excellence est un thème qui
me tient particulièrement à cur.
Car outre les avantages techniques et financiers que procurerait l'existence
d'un nombre suffisant de centres d'excellences, ils constitueraient
les nouveaux creusets où vont se forger les idéaux de
l'unité africaine.
Malheureusement, ces centres d'excellence, tout le monde en parle, tout
le monde souhaite leur existence, mais très peu d'actions pour
les concrétiser ont réellement été entreprises.
Seront également pris en compte dans les actions de sensibilisation
des décideurs, certains aspects des contenus des programmes qui
ont des incidences sur les idéaux d'intégration, de même
que les actions de coopération et d'échanges, ainsi que
les protocoles et les conventions.
Une deuxième série de thèmes concernant l'action
en direction des décideurs sera de les informer amplement sur
les implications des engagements pris.
L'accent sera porté, plus particulièrement, sur la part
des engagements qui requièrent des actions collectives. C'est
le cas pour la plupart des décisions prises au niveau de l'OUA,
de l'Union africaine ou des Communautés économiques régionales
et qui concernent les questions communautaires ou les questions d'intégration.
Une troisième catégorie d'initiatives portera sur l'instauration
d'un certain nombre de conditions politiques pour que l'éducation
puisse se développer: la convergence et le renforcement des volonté
politiques, la prévention et le règlement des conflits,
le bannissement du recrutement des enfants soldats, la bonne gouvernance,
la démocratisation, le respect des droits de l'homme, les valeurs
de tolérance etc. Ce ne sont peut-être pas là des
conditions suffisantes, mais elles sont utiles et nécessaires
pour le développement de l'éducation.
Monsieur le Président
Monsieur le Directeur général,
Mesdames, Messieurs les Ministres,
Mesdames, Messieurs,
Le dernier aspect de l'Union que je voudrais discuter avec vous est
celui de l'harmonisation et de la coopération.
Dans le domaine de l'éducation, les initiatives sont nombreuses
avec, au premier chef, l'UNESCO qui pilote le programme du forum mondial,
l'OUA qui a lancé une Décennie de l'éducation pour
la période 1997-2006, l'Association pour le développement
de l'éducation en Afrique (ADEA) qui apporte une contribution
appréciable au renforcement des capacités humaines et
institutionnelles, le Forum africain des femmes spécialistes
de l'éducation (FAWE), l'Association des universités africaines,
la Banque africaine de développement, la Banque mondiale, l'UNICEF,
sans parler des ONG, nombreuses, qui s'investissent inlassablement pour
faire de l'éducation pour tous une réalité. Je
voudrais leurs rendre hommage du haut de cette tribune.
Les initiatives sur le terrain ne manquent donc pas. Peut-être
faudrait-il cependant qu'à un certain niveau, il soit possible
de prendre du recul, pour avoir une vue d'ensemble de ce qui se fait,
afin que tous puissent s'accorder sur la nature des synergies à
proposer.
L'idéal serait que les trois principales organisations qui oeuvrent,
sur le terrain, en faveur de l'éducation en Afrique, et dont
les décisions sont prises au niveau ministériel, négocient
ensemble un partenariat, une alliance, un accord tripartite pour éviter
le double emploi et la dispersion des efforts et des ressources.
Il s'agit de l'Union africaine, de l'UNESCO et de l'ADEA.
D'autres partenaires importants comme l'UNICEF, le FAWE, la BAD, la
Banque mondiale et l'Association des universités africaines,
pourraient y être associés. Chacune de ces organisations
a ses spécificités, ses avantages comparatifs et ses limites.
Je suis convaincu qu'une concertation plus formalisée et une
synergie plus effective entre tous ces acteurs pourraient permettre
d'atteindre des résultats plus significatifs encore en faveur
du développement de l'éducation, en général,
et du NEPAD, en particulier.
Il s'agirait, en somme, de sceller entre tous les acteurs, un partenariat
pour le développement de l'éducation en Afrique.
Monsieur le Président,
Monsieur le Directeur général,
Mesdames, Messieurs les Ministres,
Telles sont les réflexions que je voulais partager
avec vous.
Pour terminer, j'aimerais aussi partager avec vous une
conviction :
J'ai la conviction que se dessine un tournant particulièrement
favorable à la convergence des volontés politiques africaines
et a leur traduction résolue en actes.
Il me semble en effet voir dans un certain nombre de signes favorables,
que la même détermination, et le même engagement
politique qui avaient présidé à la création
de l'OUA, et conduit à son terme sa mission principale à
savoir, la libération du continent, il me semble donc que le
même moteur de la convergence des volontés politiques africaines
s'est à nouveau rallumé avec des nouveaux engagements
majeurs du même type.
Si cette conviction se réalise c'est non seulement le défi
de l'éducation pour tous qui sera relevé à terme,
mais bien plus, la remise en orbite du continent sur la trajectoire
du développement durable, et dans le concert des nations.
Je souhaite plein succès à vos travaux.