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Mesdames,
MessieursJe suis extrêmement honoré de participer à ce Forum pour représenter M. Roger Dehaybe, Administrateur général de l'AIF, et de prendre la parole devant vous pour vous transmettre ses salutations cordiales et ses vux de succès pour cette importante rencontre à laquelle il aurait voulu participer personnellement s'il n'avait été empêché par d'autres engagements pris de longue date. Il m'a demandé de vous exprimer tout l'intérêt qu'il y porte et de lui faire un rapport précis sur son déroulement et ses recommandations, de manière à disposer des informations qui lui permettront d'impliquer activement l'Agence au suivi des décisions de ce Forum. Mesdames, Messieurs, le combat pour l'éducation - je devrais dire le combat pour l'éducation pour tous - qui nous vaut d'être tous réunis ici est au cur des priorités de la Francophonie et au premier rang des enjeux que son secrétaire général, le président Abdou Diouf, considère comme déterminants pour nos pays en développement. Cette attente et cet espoir ne sont pas, loin s'en faut, de simples phénomènes de mode, mais résultent d'une longue maturation qui a vu le jour avec la création, à Niamey, en 1970, à l'initiative des présidents Léopold Sédar Senghor, Habib Bourguiba et Diori Hamani, de l'Organisation francophone dénommée alors "Agence de coopération culturelle et technique". Beaucoup d'entre vous connaissent certainement les réalisations de cette institution à vocation d'abord technique et qui s'est dotée par la suite, précisément à partir de 1986, d'un statut politique rendant possible une implication et une mobilisation de l'ensemble de ses pays membres pour l'éducation. C'est ainsi qu'en mai 1989, les chefs d'Etat et de gouvernement des pays francophones réunis pour leur troisième Sommet dans cette même ville de Dakar ont décidé de conférer un caractère prioritaire à ce secteur: "l'éducation et la formation, disaient-ils, constituent un domaine stratégique d'intervention, à la fois pour la préservation et la diffusion, tant de la langue française que des langues et cultures nationales, pour la consolidation de la jeunesse à ses objectifs pour la réalisation du développement économique des nations ". Le bilan critique que l'Agence a publié, il y a cinq ans, sur ses réalisations en matière d'éducation, montre que s'il y a eu des réussites incontestables, dont certains ici peuvent témoigner, ce bilan incline aussi à la modestie et confirme une opinion largement partagée, à savoir que face à l'immensité des besoins éducatifs, aucune agence, aucun opérateur, ne peut prétendre seul engranger des résultats significatifs. Dans ce domaine plus que tout autre, "l'union fait la force ". Aussi je sais gré à l'Unesco, chef de file reconnu en matière d'éducation, à qui le Cadre d'action de Dakar fait obligation de fédérer les initiatives en animant la coopération internationale au service de l'éducation, je sais gré de manière particulière au Breda, antenne régionale de l'Unesco, du partenariat équilibré qui prévaut entre nos deux institutions. Cette institution a en effet toujours répondu favorablement à nos sollicitations chaque fois que nous avons souhaité l'associer à nos projets en éducation. De même la Francophonie n'a jamais hésité à prendre sa place aux tables de concertation et dans les act1ons de terrain engagées à l'initiative de l'Unesco. Cette collaboration exemplaire a des implications plus larges que les sphères d'action des deux organisations concernées. Elle imprègne les relations de l'AIF avec un nombre croissant d'acteurs de premier plan de la coopération bilatérale et multilatérale-en éducation, dont certains sont représentés à ce Forum. L'Agence intergouvernementale de la Francophonie tient à leur adresser également un message d'amitié et à les assurer de son estime. Ces convergences institutionnelles seraient cependant bien précaires si elles ne s'adossaient pas, au-delà des convictions partagées, à des actions concrètes relativement à la thématique qui nous est commune. Je voudrais à cet égard rappeler la place et le rôle de l'éducation en Francophonie. Il s'agit, en effet, pour nous de contribuer dans la limite de nos moyens, à la création des conditions matérielles et intellectuelles de la réussite scolaire et de l'insertion socioprofessionnelle dans nos pays membres du Sud, dans la perspective de la réduction de la pauvreté. Ce mandat, nous nous efforçons de l'assumer dans un contexte difficile. Car les pays qui justifient de notre effort de solidarité - toutes les statistiques disponibles sur le sujet l'attestent - éprouvent d'énormes difficultés à atteindre les objectifs de l'éducation auxquels ils se sont engagés, en suivi du Cadre d'action de Dakar et de la Déclaration du Millénaire. Vous le savez et je dois le préciser avec humilité: c'est notre Afrique subsaharienne qui est la plus visée par le constat ainsi que les prévisions les plus accablantes et, au sein de cette région - les dernières données recueillies au niveau mondial par l'Institut des statistiques de l'Unesco le confirment - ce sont les pays francophones, qui sont les plus en retard. Il est difficile dans ces conditions de stagnation voire de recul qui affectent l'accessibilité et la rétention scolaire, la formation des adultes mais aussi l'égalité de sexes dans l'éducation, il est difficile, dis-je, d'évoquer le développement durable voulu par les gouvernements, qui présuppose le développement antérieur du potentiel humain par l'éducation et la formation. Je ne m'étendrai pas ici sur les causes de la crise de l'éducation amplement diagnostiquées par nos institutions spécialisées, comme le Pôle de Dakar, qui avec le Breda, ont produit ces dernières années des études très documentées sur ces questions. Je me bornerai à esquisser la réponse francophone à ce terrible défi. Un volet important de notre programmation vise à répondre à une question des plus préoccupantes pour les Etats, celle relative à la mobilisation des ressources financières consacrées à l'éducation. Dans la perspective d'un dispositif idoine, l'Agence a organisé en 2004, avec le concours de la CONFENEM, de l'UNESCO et de la Banque mondiale, un symposium sur l'accès aux financements internationaux. De nombreuses propositions ont été formulées pour qu'à terme les Etats soient en mesure de gérer plus efficacement les ressources qui leur sont accessibles, qu'ils aient la maîtrise des mécanismes de financement et puissent négocier avec les institutions internationales. De leur côté, les représentants des Etats à ce symposium ont demandé à l'Agence de mettre en place un dispositif de veille, d'information, d'échange d'information et d'encadrement technique. Dans le cadre d'une convention tripartite entre l'AIF, le BREDA et la CONFEMEN, l'atelier de concertation organisé à Dakar au cours des mois de juillet et août 2004 à l'intention des équipes nationales EPT des pays francophones d'Afrique subsaharienne a permis de valider les propositions du Symposium de Paris. Il en est issu l'idée d'un dispositif de soutien permanent dont l'Agence a confié le suivi à son bureau régional pour l'Afrique de l'Ouest. Dans le cadre de ce dispositif, qui sera présenté au cours du panel prévu à cet effet dans la journée de demain, l'Agence prépare en ce moment, pour les mois d'octobre et novembre prochains, deux tables rondes sous-régionales sur l'accès au financement, auxquelles prendront part les responsables de l'éducation, les membres de la société civile et les représentants d'agences bi et multilatérales en Afrique de l'Ouest et en Afrique centrale. Dans ce même ordre d'idées, la Francophonie qui s'était engagée, dans le cadre de sa programmation du bien 2004-2005, à accompagner les Etats qui lui en feraient la demande dans la préparation et la validation de leur plan d'action national EPT, vient de renouveler cet engagement. En effet, le, dernier Sommet des chefs d'Etat et de gouvernement des pays ayant le français en partage, qui s'est tenu à Ouagadougou en novembre 2004, a inscrit l'appui à la formulation et la mise en uvre des politiques parmi les objectifs à long terme dévolus à la Francophonie - le cycle de programmation des opérateurs passant, de deux à quatre ans, dans une perspective " stratégique" fixée à dix ans. La programmation 2006-2009 que notre Agence prépare en ce moment doit être la traduction fidèle de ce mandat politique qui est, au demeurant, balisé par les orientations et les choix stratégiques définis par la Conférence des Ministres de l'Education des Etats et gouvernements ayant le français en partage. Les réflexions sur les politiques éducatives initiées par la CONFENEM autant que les débats menés dans les enceintes spécialisées ont fait ressortir un autre facteur à prendre absolument en compte dans l'analyse des éléments concourant à maximiser la qualité de l'éducation. Il s'agit de la prise en compte de l'utilisation des langues nationales à l'école. Al' Agence, nous avons fait de cette question un postulat de base de notre coopération qui ne peut se déployer efficacement que dans le respect des cultures, et partant des langues des peuples qui constituent la communauté francophone. Il s'agit là d'une attitude justifiée autant par les prises de position qui entourent le combat pour la diversité culturelle que par le souci de l'efficacité pédagogique: il est en effet admis que pour que soit garanti le succès de l'apprentissage, surtout à l'étape préscolaire ou initiale, la langue qui véhicule le savoir doit être la même que celle par laquelle transitent les premières émotions de l'enfant, celle qui formalise ses premiers rapports au monde, c'est-à-dire la langue de l'environnement social de l'enfant. Pour cette raison l'Agence entend s'engager aux côtés des Etats ou groupes d'Etats qui acceptent d'adopter en matière d'intégration des langues locales, partenaires du français, une planification complète débouchant, à plus ou moins brève échéance sur un bilinguisme fonctionnel ou, de préférence, additif. Il reste bien d'autres chantiers importants de notre approche en éducation que, faute de temps, je me vois obligé de simplement mentionner: l'éducation des filles et l'alphabétisation des femmes, la formation du personnel enseignant, la production de matériels didactiques. Il s'agit là des bases indispensables et incontestables pour un développement harmonieux de l'éducation. Dans tous ces domaines qui sont les points de mire de nos Etats, la Francophonie entend apporter une contribution décisive sous l'angle de ce que ses moyens, son expérience et les prescriptions de ses instances désignent comme étant la sphère naturelle de son action, à savoir l'appui aux politiques publiques d'éducation et de formation. Je vous remercie de votre attention.
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