Forum EPT Dakar+5
Discours de M.
Mamadou Ndoye,
Secrétaire Exécutif de l'ADEA


(Dakar, du 13 au 15 Juin 2005, Hôtel Ngor Diarama)

- Mesdames, Messieurs les Ministres,
- Mesdames, Messieurs les représentants des Pays Africains,
- Mesdames, Messieurs les représentants des Agences de Développement,
- Mesdames et Messieurs,

C'est avec un réel plaisir que j'ai l'honneur de vous adresser ce message au nom de la famille de l'ADEA, des dix ministres africains et des vingt-deux agences de développement qui composent son Comité Directeur, ainsi que des onze groupes de travail qui constituent ses bras professionnels. Pour ceux et celles qui ne la connaissent pas, l'ADEA est un Forum de dialogue politique, un réseau d'échanges d'expériences et de partage de connaissances, un laboratoire d'expérimentation et d'exploration d'innovations et de thèmes émergents.

Grâce à sa composition unique, à l'originalité des discussions fécondes et critiques promues en dehors de toute position de pouvoir financier et/ou politique, à la qualité de l'interface entre décision politique et travail professionnel, l'ADEA apporte une contribution au développement de l'éducation en agissant principalement sur les processus de changement: nouvelles visions de politiques, réformes, innovations, nouveaux partenariats, renforcement du leadership et des capacités africains, appui aux réseaux.

Les moments de bilan EPT nous offrent l'opportunité de souligner cette plus-value qu'apporte l'ADEA. C'est pourquoi je voudrais exprimer ma profonde reconnaissance à la Directrice du BREDA et aux organisateurs de Dakar+5 qui ont bien voulu associer l'ADEA à cette initiative.

En 1999, la biennale de l'ADEA a été conçue et préparée en direction de l'évaluation de Jomtien par le Forum EPT de Dakar 2000. L'ADEA avait choisi de procéder à un bilan prospectif qui cherchait à apprendre de l'analyse des expériences passées et en cours en vue de penser et de faire plus, autrement et mieux. Trois orientations majeures ont marqué ce bilan prospectif :

1) Identifier et analyser ce qui a bien marché en termes d'accès, d'équité, de qualité, de pertinence, de gestion et de financement en vue de faire émerger une Afrique qui réussit en opposition au règne de l'afro-pessimisme.

2) Implanter une culture de l'introspection, de l'évaluation et des échanges qui engagent à rechercher tout d'abord en Afrique les solutions aux problèmes africains.

3) Développer une pédagogie de la réussite où le succès appelle le succès et impulse un processus de la renaissance africaine basé sur la connaissance et la valorisation des connaissances et des expériences qui se sont révélées pertinentes et efficaces dans le contexte africain.

Depuis 1999, l'ADEA a renforcé et approfondi cette démarche à travers l'approche pratique ou apprendre de l'action de la pratique pour transformer quantitativement et qualitativement l'action de la pratique. Aux biennales de 2001et de 2003, cette a approche a été appliquée successivement aux thèmes de la généralisation et de la pérennisation des réformes et des innovations réussies, de l'amélioration de la qualité. Mon collègue Adriaan Vespoor qui a coordonné ce dernier exercice vous fera part des résultats.

Permettez-moi d'évoquer brièvement quelques expériences particulièrement instructives en matière d'accélération vers les objectifs.

Concernant l'objectif d'enseignement primaire universel, les politiques de gratuité ont donné une forte impulsion à la demande d'éducation dans certains pays anglophones d'Afrique où les effectifs ont augmenté de façon spectaculaire :
- en Ouganda + 250%
- en 5 ans au Malawi + 78% en 7ans
- au Lesotho+ 14,6% en 3ans au Kenya 14,3 % en 1an.

En Afrique francophone, les politiques de mise en service d'enseignants non fonctionnaires ont permis d'atteindre des résultats moins spectaculaires mais suffisamment substantiels pour inverser les tendances à la stagnation voire au déclin qui y prévalaient jusqu'ici.

Les politiques d'équité en faveur des filles (Côte d'Ivoire) ou des nomades (Nigeria) ont permis non seulement d'inclure les exclus mais d'élargir l'accès en général.

A propos de développement de la petite enfance, l'expérience du Zanzibar (1988 = 3 %; 1998 = 86%) montre que les politiques de participation et de partenariat peuvent mobiliser des ressources latentes insoupçonnées dans la société.

Dans le domaine de l'éducation non-formelle le partenariat Etat/société civile et la participation communautaire sont productifs en ce qu'ils fédèrent les efforts et les ressources pour l'élargissent de l'accès et l'enrichissent de l'éducation (Mali = 10% effectifs globaux du primaire, Sénégal=participation aux programmes d'alphabétisation x 20).

A travers la documentation de ces expériences, nous avons beaucoup appris et nous continuons d'apprendre pour identifier ce qui marche dans le secteur de l'éducation en Afrique.
Nous savons:

1) l'importance décisive d'une forte volonté politique qui lance les réformes nécessaires, décide des arbitrages budgétaires favorables et développe une politique de communication qui promeut l'éducation au rang de cause matinale;

2) la nécessité d'un dialogue politique qui construit un consensus national et implique les différents secteurs dans la conception et la mise en œuvre des politiques;

3) les liens indispensables et productifs qu'implique la combinaison accès/équité/qualité pour une politique EPT réussie;

4) la possibilité de faire plus et mieux en EPT lorsqu'on recherche et trouve les meilleures formules coûts - efficaces;

5) la condition de réalisation de l'EPT qu'est la mise en œuvre de stratégiques ciblées sur les exclus en vue de les inclure;

6) l'équilibre à trouver entre planification et action pour éviter de patauger dans l'impuissance qui consiste à penser qu'il faut achever une planification qui ne sera jamais parfaite avant d'agir ou à agir sans un minimum de planification.

Des interrogations sont soulevées sur le sens de ces leçons apprises c'est-à-dire sur leur utilité et leur utilisation dans des contextes déterminés. En effet, elles peuvent se présenter comme soit trop générales pour être opérationnelles, soit trop spécifiques à un contexte pour être transférables à un autre contexte.
Toutefois il convient de souligner que l'analyse comparative des expériences est une source précieuse pour :
- la distanciation vis-à-vis de sa propre expérience en vue d'une réflexion critique sur celle-ci;
- l'élargissement et l'enrichissement de la vision politique et des stratégies en ce qu'elles s'inspirent d'autres et de nouvelles perspectives.
Dans tous 1 es cas, 1 e transfert mécanique de leçons apprises est interdit. Chaque pays analyse son propre contexte et ne peut se passer d'un travail de (re-) construction ou de (re )création de conditions et facteurs de succès dans ce contexte déterminé.

Enfin, il convient d'ajouter que les facteurs d'environnement agissent aussi comme contexte de développement de l'éducation. C'est pourquoi, en Afrique, ce développement demande aussi la lutte contre la pauvreté et ses implications (analphabétisme, maladies, malnutrition...), le SIDA et les conflits qui compromettent gravement les projets d'épanouissement individuel et collectif, donc aussi les conditions de l'apprentissage.

C'est sur ces réflexions que je souhaite du succès à nos échanges avec l'espoir que les conclusions donneront une nouvelle impulsion à la réalisation des objectifs EPT



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